Le Regard de la semaine est signé Antonin Brunet.
Avez-vous peur du noir ? Alors que cette peur constitue un passage quasi-systématique dans le développement de l'enfant, de nombreux adultes reconnaissent eux aussi ressentir une gêne voire une angoisse face à l'obscurité. Des chercheurs en psychologie ont par ailleurs démontré que celle-ci est présente à travers toutes les sociétés et toutes les civilisations.
Il suffit d'observer quelques éléments de notre culture populaire et certains de nos comportements pour voir qu'elle est encore largement entretenue. Oseriez-vous, par exemple, traverser un cimetière avec la même tranquillité une fois la nuit tombée ?
Si je vous parle de cette peur, c'est justement parce que ses conséquences ne sont pas anecdotiques. Le premier service régulier de lanternes à Poitiers apparaît en 1667. La volonté de l'époque est de
« sécuriser les nuits et limiter la criminalité ». On pourrait penser que nous avons fait bien du chemin depuis... Pourtant, lors des dernières élections municipales, la question de l'éclairage public permanent a été largement débattue, comme solution contre le sentiment d'insécurité. Avec la révolution industrielle, l'essor de l'urbanisation, le développement des zones commerciales, la courbe des loupiotes a des airs d'exponentielle. Nos nuits n'ont donc jamais été aussi claires, mais le sentiment d'insécurité persiste.
Alors, d'où vient le problème ? Les études menées sur le sujet démontrent que la criminalité est principalement diurne. Ce n'est donc pas tant la sécurité nocturne qui fait défaut, mais bien le ressenti. Cette sensation désagréable, où nos sens se mettent en alerte mais où le principal d'entre eux, la vue, vient à nous manquer. Et si, privés de vue, nous changions de « Regards » ?
À travers cette première chronique, j'aimerais vous faire partager ce qui, à titre personnel, me rend profondément amoureux de la nuit. En tant qu'astrophotographe passionné, je ne compte plus mes nuits sous les étoiles. Je suis happé par une poésie singulière : celle que la lumière avait effacée. L'obscurité devient paradoxalement une fenêtre : là où la lumière se meurt, les étoiles se révèlent. Je suis devant le plus grand et le plus intemporel des spectacles. Vient alors la quiétude. Le ralentissement d'un monde qui se met sur pause. La frénésie du métro-boulot-dodo laisse place à une tranquillité oubliée. Sous un ciel étoilé, nos préoccupations quotidiennes paraissent soudain bien petites. La contemplation l'emporte. Alors, la prochaine fois que la nuit vous semblera inquiétante, essayez peut-être de ne pas tout de suite chercher à l'éclairer. Arrêtez-vous quelques instants. Levez les yeux au ciel et contemplez. Aucun monstre ni fantôme ne viendra perturber ce spectacle. Les seuls bruits que vous risquez d'entendre sont ceux du vivant qui se fait discret. Ce vivant qui a déjà fait de la nuit son refuge.
CV express