Gaëtan Gautron, emporté par la vie

Gaëtan Gautron. 29 ans. Victime, en 2024, d’une angine à streptocoque qui a failli lui coûter la vie. Amputé des quatre membres. A rejoint son domicile de Jaunay-Marigny début septembre. Plus que jamais déterminé à vivre et se nourrir de projets.

Arnault Varanne

Le7.info

Il s’est promis d’y retourner bientôt, comme pour conjurer le sort. Bientôt, donc, il ira passer la soirée au Republic Corner (RC), à Poitiers. Vingt-huit longs mois se sont écoulés depuis sa dernière apparition là-bas. 19 mai 2024. Sur la piste de danse, Gaëtan Gautron ressent « une gêne dans les muscles, une lourdeur étrange, comme si [son] corps se fatiguait sans raison ». « Je me suis dit que c’était peut-être le froid, le stress… Mais au fond, quelque chose n’allait pas », écrit-il dans De la douleur à la lumière, ouvrage paru début 2026. Le lendemain, son corps le lâche. Totalement. Il ne peut plus bouger. Appelle ses parents. Rentre le 21 mai aux urgences du CHU de Poitiers avec « 6 de tension et 41,8° de fièvre ». Il est ressorti de l’hôpital le 4 septembre… 2026.

Dans la maison de son amie, Pauline, à Jaunay-Marigny, celui qui aura 29 ans le 28 octobre retrouve le goût de la vie, sans ses bras ni ses jambes, mais avec un mental à toute épreuve. « Je suis passé si près de la mort… Au départ, les médecins ont pensé que j’avais une méningite à méningocoque. Et puis, après les examens, ils m’ont diagnostiqué une angine à streptocoque. » Le jeune homme, qui se définit comme « un électron libre » et « un rêveur pragmatique » parfois « impatient » a éprouvé ses capacités de résilience au fil d’un marathon hospitalier -dix-huit opérations- qu’on peine à imaginer de l’extérieur. 


« Je marche avec 
mon courage »

Ce parcours du combattant, Gaëtan a eu besoin de le coucher sur le papier, pour exorciser d’abord. Pour sensibiliser ensuite. Extraits : 
« J’ai connu les machines, les odeurs d’antiseptique, les nuits sans sommeil. J’ai connu les cris étouffés, les cicatrices qui tirent, le silence des chambres vides. Mais au milieu de tout ça, j’ai rencontré la vie, la vraie. Celle qu’on ressent dans chaque seconde arrachée à la souffrance, dans chaque sourire malgré la fatigue, dans chaque regard plein de courage. J’ai vu des soignants devenir des amis, des murs d’hôpital se transformer en refuge, et une femme devenir ma lumière dans les ténèbres. J’ai perdu des membres, mais j’ai gagné une force que rien ne peut remplacer. J’ai perdu l’équilibre, mais j’ai trouvé un sens. Aujourd’hui, je ne marche pas avec mes jambes - je marche avec mon courage. »


« J’aurais pu 
m’effondrer, mais je l’ai pris avec humour et ça m’a permis d’avancer, 
de positiver. J’étais vivant ! »

Sur les réseaux sociaux (Facebook et TikTok), le quadri-amputé partage régulièrement des vidéos de sa nouvelle vie. Et de ces gestes du quotidien qui sont autant de victoires. Comme faire la vaisselle, des crêpes, ou appréhender ses nouvelles « jambes ». Des prothèses avec lesquelles il s’est fixé un objectif : « gravir un jour le mont Blanc ». En attendant d’atteindre le plus haut sommet français, il démarre cette semaine une nouvelle phase de rééducation, synonyme de déplacements autonomes « sans [son] déambulateur spécial ». Ses ambitions professionnelles n’ont pas bougé d’un iota. Avant le « drame », le Baillargeois, titulaire d’un CAP boucherie, s’apprêtait à lancer son site de vente en ligne de vêtements et d’accessoires pour femmes. Un jour viendra où il reprendra le fil de sa carrière professionnelle, c’est certain.

Au nom du père

« Je tire ma force mentale de mon père, qui a eu beaucoup de problèmes de santé, en réussissant à avoir une belle carrière de chef de chantier chez Vinci », prolonge Gaëtan. Son entourage familial l’a épaulé au plus près dans la tempête. « En remontant du bloc après l’amputation, mon frère m’a dit « pas de bras, pas de chocolat ». J’aurais pu m’effondrer, mais je l’ai pris avec humour et ça m’a permis d’avancer, de positiver. J’étais vivant ! » Cette « renaissance dans un nouveau corps » s’est accompagnée d’une rencontre avec Pauline, en décembre 2025. « On s’est croisés à l’hôpital parce qu’elle a aussi des problèmes de santé et on a bien accroché. On s’est soutenus. » 


Aux premiers jours du reste de sa nouvelle vie, le quadri-amputé fait assaut d’optimisme, inspiré par un certain Philippe Croizon. « Une super rencontre », avance-t-il. Les deux partagent le même prothésiste (Eric Pasquay) et, surtout, l’envie d’irradier autour d’eux. « À tous ceux qui souffrent, qui doutent ou qui tombent : n’abandonnez jamais. Même au fond du gouffre, on peut reconstruire des ailes », assure le plus jeune des deux, également « admiratif » du nageur et animateur télé Théo Curin. Gaëtan s’est promis d’écrire un tome 2 de son parcours. D’abord parce que ça lui fait du bien. Ensuite parce qu’il a « des millions de trucs à partager ». Enfin parce qu’il a envie d’y placer le mot résilience dans chacune des pages. Avec une première séance de dédicace au RC ? C’est tout ce qu’on lui souhaite.

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