Mobilisation lycéenne : les raisons de la colère

Des revendications à la pelle, dix lycées bloqués, plusieurs manifestations et quelques heurts… La mobilisation lycéenne de la semaine a marqué l’actualité. Les organisateurs appellent à remettre le couvert ce mardi pour forcer le gouvernement à bouger.

Arnault Varanne

Le7.info

Océane Tessereau est élève en terminale au lycée du Bois-d’Amour. En fin de semaine dernière, la membre de la CGT Sela 86(*) a activement participé au blocus de son bahut, puis aux manifestations en centre-ville de Poitiers. « Des revendications ? 
On en a plein ! On veut un peu plus d’argent. La prof de la spécialité théâtre prend sa propre voiture pour aller à l’extérieur avec les élèves. La section handball est menacée de fermeture. Le Bois-d’Amour est une passoire thermique. Il faisait 12°C à l’internat des filles l’hiver dernier. Et puis, il y a des seaux partout car le toit fuit… »

Lubin, lui, est en 1re à Victor-Hugo et dénonce les classes surchargées. « On est 35 par classe ici avec des problèmes de salles à gérer. Des postes ont sauté aussi et le salaire des profs n’est pas terrible. » Comme Océane, il a battu le pavé jeudi dernier, journée très mobilisatrice avec quelque 
600 manifestants recensés au plus fort de la journée. Jade Bouge, elle, a organisé le blocus du lycée André-Theuriet, à Civray. L’élève en terminale générale résume ainsi la situation : « Nous aimerions que nos voix soient entendues et que la France soit au courant que dans les petites campagnes nous menons aussi de grands combats. »

« Cahiers de doléances »

Heureux hasard du calendrier, le recteur de l’académie de Poitiers -le ministre Edouard Geffray était également attendu, mais a annulé sa visite- réunissait vendredi le conseil académique de la vie lycéenne. Deux heures d’une réunion « apaisée », vendredi matin, au cours de laquelle il a été question d’emplois du temps, de mobilité, des absences de professeurs... « Les élus lycéens sont venus avec leurs cahiers de doléances », 
glisse un observateur. Sans réponse immédiate de l’institution, évidemment. « Certaines solutions seront immédiates, d’autres prendront du temps », reconnaît le recteur.

Alors que les élections des représentants d’élèves au conseil des délégués pour la vie lycéenne se dérouleront ce jeudi 8 octobre, le début de semaine devrait être marqué par de nouveaux blocus et/ou manifestations. L’Union étudiante appelle les lycéens à descendre dans la rue ce mardi. En espérant que la situation soit plus apaisée. Jeudi dernier, dans la Vienne, onze personnes ont été interpellées, dont 7 placées en garde à vue (quatre jeunes seront jugés le 10 décembre), selon la préfecture de la Vienne. Trois lycéens ont par ailleurs été légèrement blessés en raison de tirs de mortiers d’artifice. Un véhicule a été incendié, deux abribus, un bus de ville et un véhicule de police ont aussi été dégradés. « On s’efforce de faire de la médiation avec la police, on ne veut pas de blessés, témoigne Lucie Richard, des Jeunes communistes. On veut protéger les lycéens et les étudiants, il faut que leurs revendications soient entendues. » Autrement dit que les fauteurs de troubles n’accaparent pas l’attention.

(*)Syndicat des étudiant•es, lycéen•nes, apprenti•es de la Vienne 86.
 

L’appel au calme du recteur

Nicolas Castoldi a adressé vendredi dernier un courrier à l’attention des familles de lycéens. Le recteur de l’académie de Poitiers déplore « les violences parfois graves » qui ont émaillé certaines manifestations. « Dans l’académie, nous avons dû fermer deux lycées publics trop dégradés pour accueillir des élèves et deux lycées sous contrat », indique-t-il, adressant un mot de soutien aux élèves, professeurs et équipes de direction blessés. Le recteur termine ainsi son propos : « Ramenons le calme dans nos lycées, protégeons nos élèves, faisons le choix du dialogue. » Sera-t-il entendu ?

 

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