A Châtellerault, Essaimons a investi au printemps 2026 dans une nouvelle machine de surtri optique de vêtements usagés, destinés à être recyclés et valorisés en polymère hybride par Plaxtil. Les deux sociétés répondent à un besoin croissant.
On parle beaucoup d’ultra fast-fashion et des dégâts environnementaux engendrés par les géants du secteur, qui inondent le marché. On évoque un peu moins les solutions mises en place sur le terrain pour valoriser les quantités phénoménales de vêtements apportés par les Français dans les bornes dédiées : près de 290 000 tonnes par an, chaussures comprises, selon l’éco-organisme Refashion. A Châtellerault, Essaimons réceptionne des ballots entiers de vêtements en provenance de collecteurs avec, depuis le printemps, une ligne de surtri optique (1,5M€) rare en Europe à sa disposition. En pratique, les salariés en insertion de l’entreprise posent les pièces sur deux tapis roulants. Eco Text Loop scanne les produits en fonction de plusieurs critères (matières, couleurs, type de vêtements…) et les achemine dans des bacs séparés : jusqu’à trente distincts sur les deux tapis.
Du tri à la valorisation
« Nous sommes aujourd’hui entre 300 et 500 tonnes, mais la machine peut nous permettre d’atteindre 5 000 tonnes par
an », commente Olivier Civil, dirigeant d’Essaimons-Plaxtil. Une partie de ces volumes annuels de matières (40% environ) parcourt quelques centaines de mètres, vers l’unité industrielle de Plaxtil, pour subir une nouvelle étape de valorisation. Des masques plastiques usagés pendant le Covid aux cartables collectés avec l’enseigne Cultura (55 000 en
2025), ces déchets supposés se transforment en matière première selon trois étapes : le broyage, la densification et l’extrudation. « Nous détenons un brevet sur la deuxième opération », relève le dirigeant. Deux autres brevets de fabrication portant sur les matières sont aux mains de la PME.
Des collaborations prestigieuses
Forte de 200 tonnes de vêtements valorisées chaque année en polymère hybride, Plaxtil a déjà fait parler d’elle grâce à des opérations spectaculaires avec des marques. Pour Yet, l’entreprise a conçu des coques d’iPhone en fibres de textiles recyclés. Quelque 10 000 cintres
inondent les magasins Lacoste des Champs-Élysées, à Paris, et de Londres. Lesquels sont composés à 30% de chutes de coton biosourcé issu de la fabrication des polos de la marque au crocodile. Idem avec l’enseigne Kiabi quelques années plus tôt. Mais derrière ces opérations à forte notoriété, l’entreprise châtelleraudaise vise surtout à monter en puissance auprès des recycleurs et des professionnels de la plasturgie. « Quand le pétrole dépasse 100$ le baril, nos produits deviennent compétitifs »,
estime Olivier Civil. A l’argument écologique, s’ajoute donc une incitation économique. Le seul qui vaille sur un marché où la concurrence est mondiale. Toutes activités confondues, Plaxtil devrait approcher le million d’euros de chiffre d’affaires cette année.