Le 7 donne la parole à une génération qui construit le présent et imagine le futur. Entre doutes, convictions et espoirs, ces jeunes racontent comment ils s’engagent aujourd’hui pour préparer le monde de demain. Aujourd’hui, Jeanne Benezra, entrepreneuse et créatrice de Yupi, une application qui recense les activités et établissements adaptés aux familles.


Pierre Bujeau

Le7.info

Le projet dont tu es 
la plus fière ?
« C’est d’avoir pu créer mon entreprise et de me dire qu’aujourd’hui, je rends service aux gens, alors que je n’avais aucun bagage technique. J’ai découvert l'entrepreneuriat au fil du temps. C’est tout un univers que je ne connaissais ni de près ni de loin. Et puis, avoir reçu le prix 101 femmes entrepreneures de la Vienne, c’est aussi une forme de consécration et une belle reconnaissance pour tout le travail accompli. »

Comment imagines-tu ta vie dans 30 ans ?
« C’est difficile de se projeter, mais je me vois toujours dans l’entrepreneuriat. Avec Yupi, peut-être, mais aussi potentiellement avec d’autres marques qui en découleront. Même si on est loin des années dorées de la Startup Nation et qu’il est plus difficile aujourd’hui d’entreprendre, j’ai vraiment cette nature-là. »

Et la société dans 30 ans ?
« Je suis assez mitigée. J’ai notamment vécu les incendies en Gironde en première ligne et j’ai été vraiment émue de voir une solidarité et un lien social aussi forts. Ça m’a beaucoup touchée parce que je trouve de moins en moins de liens et d’échanges dans nos interactions, nos lieux de vie communs. »

« En France, on a un vrai problème avec l’échec. »

Qu’est-ce qui te révolte ?
« L’injustice, de manière générale, et les abus de pouvoir. C’est quelque chose qui me révolte profondément. Il y a parfois des situations où on a vraiment le sentiment que la justice n’est pas la même pour tout le monde. C’est notamment ce qui me fait réagir dans certaines affaires récentes. Cette idée d’injustice, au sens large, me touche beaucoup. »

Comment t’engages-tu pour changer les choses ?
« Je dirais que je m’engage déjà professionnellement avec Yupi. J’essaie, à mon échelle, de prendre le contre-pied de certaines tendances, notamment celle du « No Kids », 
en rappelant que la vie, c’est aussi la famille et les moments que l’on passe ensemble. On voit aussi que ce n’est pas toujours simplement une question de volonté des parents. Il y a parfois des lieux qui n’acceptent plus les familles parce qu’il y a trop de bruit ou parce qu’elles risquent de déranger leur clientèle. »


Quelle place occupe l’écologie dans ton quotidien ?
« Elle est très présente, et c’est aussi quelque chose qui m’angoisse fortement. Je n’ai pas envie de dire qu’il est trop tard, mais il m’arrive vraiment de me dire qu’on va droit dans le mur. Il y a parfois un sentiment d’impuissance, et même une forme de fatalisme. Je me dis qu’on peut encore faire changer les choses, mais le problème, c’est qu’on est 8 milliards d’êtres humains sur Terre. Si nous ne prenons pas tous la même direction, j’ai du mal à croire que les efforts d’un seul pays ou d’un continent suffiront. »

Quand tu regardes l’actualité, ça t’inspire quoi ?
« Je me tiens informée de ce qui se passe, notamment sur les questions géopolitiques. Mais ça dépend beaucoup de mon état d’esprit. Quand je sais que j’ai eu une journée très stressante ou que je suis déjà très anxieuse, j’évite parfois de regarder les informations. C’est une façon de se préserver. »

Quel message adresser aux générations à venir ?
« Cela peut paraître enfantin. Je dirais de ne pas se prendre la tête et de vivre pleinement ce que l’on aime faire au fond de nous… Je pense aussi qu’en France, on a un vrai problème avec l’échec. Alors que l’échec fait partie du processus, il est même important. »

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