Alors que des milliers de personnes défilaient pacifiquement contre la vie chère, la mobilisation du samedi 17 octobre a été éclipsée en soirée par les violences commises par plusieurs groupes de casseurs, qui ont pillé des commerces et dégradé des agences bancaires à Poitiers.
Des scènes de saccage et de pillage, comme le centre-ville de Poitiers n’en avait plus connues depuis 2009. Dans la nuit de samedi à dimanche, un groupe de 200 à 300 individus s’en est pris à plusieurs commerces et agences bancaires du centre-ville, notamment aux enseignes Foot Locker et Sephora. Des violences survenues à la fin d’une mobilisation pacifique contre la vie chère qui a, elle, rassemblé selon la préfecture près de 6 000 personnes à Poitiers et Châtellerault.
Un cortège populaire
et pacifique
La journée avait pourtant commencé dans le calme, sous le signe d’une convergence des luttes. Étudiants, lycéens, travailleurs, retraités, agriculteurs et Gilets jaunes ont défilé dans les rues de Poitiers. Derrière cette diversité de profils, une même exaspération : celle de ne plus parvenir à boucler les fins de mois. Pour Elsa, étudiante en licence de chimie, c’est avant tout « un ras-le-bol général ». De retour dans la rue avec son gilet jaune, Patrick souligne cette convergence : « Ce sont les jeunes qui ont initié la révolte, ils sont en train de réveiller tout le monde. » Un sentiment partagé par Thomas, syndiqué à la Confédération paysanne :
« Comme une grande partie de la population, on n’arrive tout simplement plus à vivre. »
Une soirée marquée
par des dégradations
La situation s’est tendue à l’arrivée du cortège vers 16h devant la préfecture. Plusieurs tirs de gaz lacrymogène ont été effectués par les forces de l’ordre en réponse à quelques individus venus en découdre. L’union locale CGT Poitiers dénonce, elle, « une répression policière disproportionnée », évoquant « de nombreux tirs de gaz lacrymogène et de LBD alors même que des enfants étaient présents dans le cortège et que la manifestation était jusque-là pacifique ». De son côté, le préfet de la Vienne salue le professionnalisme et la proportionnalité du maintien de l’ordre par les forces de l’ordre.
En soirée, la situation a basculé. Le centre-ville a été le théâtre de scènes de violences et de dégradations d’une ampleur inédite. Plusieurs centaines d'individus s’en sont pris à des commerces et à des agences bancaires, notamment rue Gambetta. Les enseignes Foot Locker et Sephora ont été pillées. Les dégradations se sont poursuivies jusque dans la nuit, avec une nouvelle attaque contre Foot Locker vers 4h du matin.
Dimanche matin, le constat est saisissant. Pierre-Marie Moreau, élu à Poitiers et président de la CCI de la Vienne, décrit un
« véritable champ de bataille ».
Pour les commerçants, la facture s’annonce particulièrement lourde : « Nous sommes sur plusieurs centaines de milliers d’euros, si ce n’est un million »,
estime-t-il. Il rappelle qu’un magasin comme Sephora peut à lui seul représenter entre 1 et
2M€ de marchandises en stock.
Selon la préfecture, huit personnes ont été interpellées. Le bilan des autorités fait état de huit blessés légers pris en charge, dont sept policiers et un manifestant. Face à ces événements, des actions de prévention pourraient être mises en place et les services d’ordre renforcés lors des prochaines manifestations. « On se doit d’être très attentifs à ce qui va se passer dans les semaines à venir », prévient le maire de Poitiers, Anthony Brottier.