A Civray, l’Association miscanthus innovation mise sur une graminée encore peu connue. Déjà utilisé dans la Vienne comme paillage horticole ou encore comme combustible, le miscanthus pourrait aussi servir à concevoir des matériaux isolants pour le bâtiment.
Et si le miscanthus devenait l’un des matériaux isolants de demain ? Encore invisible dans le secteur du bâtiment, cette graminée originaire d'Asie du Sud-Est offre une nouvelle opportunité de construction biosourcée. « Cette plante est chargée en silicium. Elle est antiparasitaire et possède une structure spongieuse qui permet d’amortir au mieux les changements de température », observe François-Xavier Couturier, membre et coprésident de l’Association miscanthus innovation (Ami).
Créée en juin 2021, l’Ami a jeté son dévolu sur cette « herbe à éléphant » en raison de ses nombreuses vertus environnementales. « Cette plante nécessite peu d'eau et ses racines contribuent à stabiliser les sols. Elle capte une grande quantité de CO² par la photosynthèse (environ 25 tonnes par hectare et par an), dont une partie est stockée dans la plante et ses racines. » Des atouts qui ont encouragé l’association à développer cette culture dans le secteur de Civray. Une vingtaine d’agriculteurs ont déjà franchi le pas, avec près de 50 hectares plantés. Une fois récolté, le miscanthus offre plusieurs possibilités de valorisation. Il est notamment utilisé comme paillage horticole, pour limiter la pousse des mauvaises herbes et préserver l’humidité des sols, mais aussi dans les élevages, où il peut servir de litière pour les animaux. Son pouvoir calorifique élevé en fait également un combustible intéressant pour la production de chaleur. Grand Poitiers a d’ailleurs décidé de valoriser cette biomasse dans son réseau de chaleur, mis en service en octobre 2025.
De nombreux obstacles
Si le miscanthus a déjà trouvé sa place dans plusieurs filières, son utilisation dans le bâtiment reste marginale. Des panneaux isolants en fibres de miscanthus et des blocs de construction ont déjà été utilisés en France. De son côté, l’Ami a exploré une autre piste : « Nous étions plutôt partis dans l’idée de développer le miscanthus avec de la chaux, pour en faire un excellent matériau d’isolation acoustique et thermique. » Seulement, le développement de ces matériaux reste soumis aux exigences de certification du bâtiment, qui impliquent des démarches longues et coûteuses. « Il faut aussi trouver un coût de revient acceptable pour les entreprises, tout en permettant aux agriculteurs de vivre de cette production. Les industriels ont besoin de volumes suffisants et réguliers, tandis que les agriculteurs doivent s’assurer des débouchés avant de planter », souligne François-Xavier Couturier, coprésident de l’Ami. La structuration d’une filière locale apparaît donc essentielle pour réduire les coûts de transport et favoriser le développement du miscanthus comme matériau isolant.