L’été 2026 a été marqué par des chaleurs extrêmes et un manque de pluie. Entre mortalité des poissons, baisse des débits et pertes agricoles, pêcheurs, techniciens et agriculteurs s’inquiètent de l’état de la ressource en eau et redoutent déjà les conséquences à venir.

Matthis Ferrant

Le7.info

« Les milieux sont en train de mourir à petit feu... » Après plus de quarante années à observer de près les cours d’eau du département, Francis Bailly, président de la Fédération de la Vienne pour la pêche et la protection du milieu aquatique, se dit « très inquiet ». Le constat est sans appel : les canicules à répétition ont durement éprouvé les rivières. « L’été 2026 a été dramatique pour certains cours d’eau du territoire », observe Cédric Delbecq, animateur en milieux aquatiques et bassins versants au Syndicat mixte Vienne et affluents (SMVA). 


La Gartempe, l’Envigne, la Blourde, la Pallu et l’amont de la Vonne figurent parmi les plus touchées. « Les petits affluents ont énormément souffert, malgré la présence de quelques zones humides », souligne le technicien. Le 27 juillet, le débit de l’Envigne est tombé à 0,007m³/s, contre 0,024m³/s un an plus tôt, soit une baisse de près de 71%. À la mi-octobre, son débit reste largement inférieur à celui de 2025. 


Une biodiversité fragilisée

La sécheresse a également durement affecté les poissons. « L’eau a dépassé les 30°C et, dans les zones sans ombre, les espèces les plus fragiles, notamment les truites, sont mortes », témoigne Francis Bailly. L’ampleur des pertes reste difficile à mesurer pour la fédération de pêche, qui surveille chaque semaine 750km de cours d’eau. A cette mortalité s’ajoutent d’autres déséquilibres écologiques. « Sur l’axe de la Vienne, on observe des taux de cyanobactéries importants et une prolifération de plantes exotiques envahissantes, comme la jussie, dont les foyers ont explosé », souligne Cédric Delbecq. 


Des agriculteurs 
directement impactés

Face à la sécheresse, des restrictions d’eau ont été imposées aux agriculteurs dans la Vienne, les contraignant à réduire, voire à suspendre l’irrigation. « Les dégâts sur les récoltes sont colossaux, souligne François Turpeau, vice-président de la Chambre d’agriculture et président de la Coordination rurale 86. Sur le maïs ensilage, on estime les pertes de rendement entre 
35 et 40% en moyenne. » 


La pénurie d’eau a également ravivé les tensions autour des usages de l’eau. Francis Bailly dénonce notamment l’arrosage de maïs destiné à la méthanisation dans des secteurs en crise hydrique. « C’est absolument inacceptable. » Le président de la Coordination rurale de la Vienne reconnaît que certains agriculteurs ont poursuivi cette pratique, tout en précisant : 
« Ce n’est pas interdit, même si nous le déconseillons. » 


Au-delà de ces désaccords, les deux hommes appellent à repenser la gestion de l’eau. Le président de la fédération départementale de la pêche plaide pour appliquer l’étude HMUC (Hydrologie, Milieux, Usages et Climat). « Il faut maintenant prendre le taureau par les cornes et travailler avec le monde agricole pour qu’elle soit appliquée », 
insiste-t-il. De son côté, François Turpeau défend le stockage des excédents hivernaux pour soutenir les cours d’eau en été. « L'hiver, l’eau déborde et part vers la mer. Il faut pouvoir en stocker une partie pour en avoir suffisamment l’été », plaide-t-il. Un débat éternel entre pro et anti-bassines.

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