Doctorante en chimie et sciences des matériaux à l’université de Poitiers, Jeanne Maucourt va concourir, jeudi à Lille, à la finale nationale du concours « Ma thèse en 180 secondes ». Son sujet : la conservation des tablettes d’argile mésopotamiennes. Derrière ces trois minutes, une passion pour l’art, la chimie et la transmission du savoir.
« Profiter, rigoler et prendre du plaisir. » C’est dans cet esprit, loin de celui de compétition, que Jeanne Maucourt, 25 ans, doctorante à l’université de Poitiers en chimie et sciences des matériaux, va aborder jeudi, à Lille, comme elle l’a fait lors des étapes locale et régionale, la finale nationale du concours Ma Thèse en 180 secondes
(21 participants). Le principe de ce concours : vulgariser des années de recherche en seulement 3 minutes, devant un public non averti, avec pour objectif de captiver l’auditoire par un exposé clair, concis et convaincant.
Un exercice périlleux à lire les intitulés de certaines thèses. Celui de Jeanne : « Conservation des collections patrimoniales en terre crue, validation des traitements TEOS sur les tablettes mésopotamiennes ». « Le mien, il est plutôt clair, je trouve », sourit-elle.
Les premiers écrits
de l’humanité
Le sujet qu’elle traite depuis plus d’un an au sein du laboratoire IC2MP (Institut de chimie et des milieux et matériaux de Poitiers) et au C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France), en lien avec le Musée du Louvre, n’en est pas moins compliqué et avec un enjeu fort : conserver les premiers écrits de l’humanité, dits cunéiformes, vieux de 5 000 ans. Ces tablettes en terre crue sont aussi de véritables œuvres d’art.
« Plusieurs techniques de conservation existent, mais l’une des plus adaptées repose sur un dessalement des tablettes suivi de l’application d’un traitement TEOS, un composé organique qui stabilise la matière de l’intérieur, explique la chercheuse. Ce traitement irréversible reste mal compris. On ignore comment le TEOS se diffuse, où il se loge, comment il interagit avec les argiles. C’est précisément ce que je cherche à élucider. » Pour ce faire, elle s’appuie sur quelques grammes de fragments de tablettes fournis par le Louvre. « Car il n’est pas possible de mener des tests destructifs sur les originaux. » Elle recrée alors des modèles en laboratoire à partir de sols prélevés en Irak, dont la minéralogie s’avère très proche de celle des tablettes, pour tester ce protocole de conservation.
Rendre visibles
les femmes
La préparation au concours, menée avec la compagnie poitevine Quiproquos Théâtre et Grace Akrong, chargée de médiation scientifique, a eu un effet inattendu : « Je me suis reposé des questions fondamentales sur ma thèse. » Pour Jeanne, vulgariser dépasse le simple exercice de communication. L’année précédente, elle intervenait déjà dans un collège d’Angoulême pour parler des femmes dans les sciences. Si elle reconnaît qu’elles sont nombreuses à participer au concours, elle souligne qu’elles sont encore peu visibles en sciences fondamentales.
Finale Ma Thèse en
180 secondes, suivre le direct et voter sur mt180.fr.