Ibrahim Maalouf à Poitiers pour « faire la fête »

Tête d’affiche des animations de l’été à Poitiers, Ibrahim Maalouf est en concert ce vendredi au stade Rebeilleau. En tournée, le trompettiste franco-libanais entend donner un peu de baume au cœur au public en jouant sur scène son répertoire festif.

Steve Henot

Le7.info

La naissance de votre deuxième enfant, l’entame de votre tournée estivale… C’est un début d’été sur les chapeaux de roue pour vous, non ?
« Oui, on est au taquet ! (rire) C’est un peu fou de vivre tout ça en même temps, dans la foulée du déconfinement. Et pas que pour moi. J’ai la double casquette de musicien et de producteur, je suis donc responsable de toute mon équipe, des musiciens, des techniciens… Tout le monde est heureux de repartir aujourd’hui. »

A quoi doit s’attendre le public poitevin, ce vendredi ?
« On va faire la fête, un concert qui va nous permettre de vivre un vrai moment dingue avec le public. Il y aura beaucoup de titres du dernier album (S3NS), mais aussi d’autres que j’aime toujours autant jouer. Nous serons une quinzaine de personnes sur scène, il y aura des musiciens cubains avec nous… Ce sera très festif. »

Comment avez-vous vécu ces derniers mois, en pleine crise sanitaire ?
« Sur le plan professionnel, cela a été très compliqué. Concrètement, sans aide de l’Etat, on était foutus. On a vraiment eu très peur... Sinon, à titre personnel, j’étais très frustré de ne pas pouvoir faire mon métier, de ne pas pouvoir faire la seule chose que je sais faire : communiquer de la bonne humeur sur scène et faire vivre au public de chouettes moments. Mais après dix à quinze années à voyager, à faire entre 100 et 250 concerts par an, me retrouver à la maison n’était pas forcément désagréable. Ma grand-mère de 99 ans -qui nous a malheureusement quittés en février- était chez nous depuis quelque temps. On pouvait passer un temps fou à parler, à partager son siècle d’histoire. J’ai finalement eu beaucoup de chance d’être avec elle sur cette période. »

Vous avez sorti un album en fin d’année dernière, disant qu’il s’agissait pour vous de « l’album de l’apaisement ». Pourquoi ?
« C’est l’esprit dans lequel on était avec François Delporte, mon guitariste, au moment du premier confinement. Il n’y avait plus de bruit dans la rue, c’était angoissant mais en même temps très apaisant. Aussi, je tournais une page importante de ma vie -j’ai eu 40 ans- et j’avais le sentiment d’en écrire une autre plus apaisée. Je me sens serein désormais. »

Vous aviez aussi dit que vous souhaitiez vous consacrer uniquement à la production et à la composition de musiques de films après vos 40 ans. Vous allez vous y tenir ?
« C’est ce que je comptais vraiment faire il y a encore quelque temps. Mais je me suis rendu compte que j’avais toujours beaucoup de projets, de musiques en tête, ce que mes petits soucis(*) et le confinement ont repoussé. Je pense donc continuer à jouer de la trompette pour encore quelques années. »

Qu’est-ce qui vous attire tant vers le 7e art ?
« Le cinéma m’a épanoui, c’est une ouverture. Mon tout premier album, Diasporas, je l’ai composé comme si c’était une musique de film. J’espérais d’ailleurs qu’un réalisateur s’en empare, mais ce n’est que quelques années après que j’ai commencé à recevoir des appels. Dans mon cas, le processus de création est le même que pour un album. J’improvise des musiques qui me parlent, on propose des idées, on développe… Mais pour mes albums, je suis seul à décider. Au cinéma, c’est le réalisateur qui tranche. J’aime ce travail en collaboration, c’est assez complémentaire. »

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
« J’en ai beaucoup, mais je ne peux pas parler de tous. En tant que producteur, je prépare la sortie du premier EP de Thaïs Lona (repoussée à plusieurs reprises en raison de la crise sanitaire, ndlr). J’ai aussi produit, réalisé et composé le prochain album de Joyce Jonathan, une artiste que j’apprécie beaucoup. Et puis j’ai beaucoup de concerts tout l’été. On reprendra la tournée dès septembre au Théâtre de l’œuvre à Paris, avant le concert de mes 40 ans qui a été repoussé au 21 décembre à l’AccorHotels Arena. »

 

(*)Visé depuis 2017 par des accusations d’agression sexuelle sur une mineure de 14 ans, il a été condamné en première instance avant d'être relaxé en appel le 8 juillet 2020.

DR - Tony Hage/Guillaume Saix

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