La cité des 7-Villes regroupe 153 maisons construites après la Seconde Guerre mondiale pour des familles de soldats américains envoyés en mission reconstruction à Poitiers. Des habitants fêteront vendredi la naissance de leur quartier, et bien d’autres choses.
Lorsqu’il a emménagé ici en 1970, Michel Minaret a trouvé dans son garage deux battes de baseball, un ballon de foot américain et… « Et un billet d’1$ en creusant les fondations »,
abonde le troisième plus ancien habitant de la fameuse cité américaine. Une « forteresse » à nulle autre pareille au sein du quartier de Bellejouanne, à Poitiers. En 1955-1956, 153 maisons,
de 75 à 94m2, y ont été construites sur le même modèle, sans clôture, pour héberger les soldats américains(*) et leurs familles, appelés à aider la France à se reconstruire. Des hébergements censés être provisoires… qui durent encore aujourd’hui. Au départ des Américains fin 1967, des familles poitevines sont devenues propriétaires. L’état d’esprit d’entraide et de solidarité a perduré, « aidé » en cela par le modèle de gestion de la cité.
« Il faut savoir que nous sommes toujours en copropriété, à cause de l’assainissement qui n’a pas été municipalisé à l’époque (mais en 2022, ndlr), contrairement à la voirie qui l’a été à la fin des années 70 », développe Nathalie Gaboriau. Cette habitante de la rue des Chardonnerets a acheté en 2007, fascinée par les histoires racontées par sa mère, qui a travaillé avec les Américains à Deauville. « A l’époque, il fallait un laisser-passer pour entrer dans la cité ! », se remémore-t-elle. Avec d’autres, Nathalie a décidé de transformer la fête des voisins de vendredi soir en anniversaire spécial. Environ 120 personnes célébreront la cité des 7-villes et son histoire autour d’un repas, de quelques quiz, de photos d’époque aussi dénichées ici ou là chez les plus anciens résidents. Présence de drapeaux français et US garantie !
« Des passeurs
de mémoire »
« On se parle tous, même si on est de générations différentes. C’est un village gaulois, assure Carmen Villain, dont le père habite dans la rue des Alouettes voisine. Quand on est revenus de Nantes, on a d’abord trouvé une location rue des Alouettes. Et derrière, on a acheté une maison les yeux fermés. Je savais comment elle était configurée, on n’a pas eu peur des travaux ! »
Claude Imbert et son épouse ont trente-deux ans de vie en cité américaine derrière eux.
« Au départ, c’était pour le côté pratique, embraie Claude. La crèche, l’école et la piscine sont à côté. Et finalement, on est restés, on s’entend bien avec le voisinage. »
La soirée de vendredi devrait raviver de nombreux souvenirs. Comme ce vétéran américain, qui avait demandé à retourner une dernière fois à Poitiers pour « revoir sa maison ». Ou ce médecin US de la rue des Engoulevents, parti en 1973 après avoir donné
« tous les jouets de ses enfants aux enfants ». « Ils n’avaient jamais vu de Meccano, sourit Nathalie, pour qui cet anniversaire a une portée symbolique. Nous sommes des passeurs de mémoire pour les nouvelles générations. C’est important qu’elles connaissent l’histoire de ce quartier. »
(*)Deux autres cités poitevines ont hébergé des soldats américains, au Petit-Breuil et à la Gibauderie.