Et si toute l'économie 
devenait sociale et solidaire ?
Le7.info

Le7.info

La loi Hamon de 2014 ayant officialisé l'ESS (Économie sociale et solidaire) comme secteur à part entière, on peut se demander si elle n'officialise pas, de fait, que le reste de l'économie n'est ni sociale, ni solidaire ! L'ESS, ce n'est pas renier l'économie, c'est la remettre à sa juste place : un moyen, et non une fin. Elle est finalement connue de tous, indirectement. Les associations représentant une très grande partie des organisations de l'ESS. Nos associations sportives, par exemple, nos clubs, œuvrent au quotidien pour permettre au plus grand nombre de pratiquer un sport sur leur territoire. Elles ont évidemment un modèle économique, sans quoi elles n'existeraient pas, et peuvent, contrairement aux idées reçues, générer des bénéfices. La différence avec une entreprise commerciale classique est que ce bénéfice ne peut pas être redistribué entre les membres : il est réinvesti dans les activités de l'association. On retrouve à travers cet exemple les grands principes de l'ESS : gouvernance démocratique, primauté de l'humain sur le capital et lucrativité limitée. Au-delà des associations, l'économie sociale et solidaire recouvre aussi des structures historiques comme les mutuelles et les coopératives, ainsi que de nouvelles formes aujourd'hui intéressantes à explorer pour entreprendre autrement.

Face aux défis des prochaines décennies, le déploiement massif de l'ESS comme type d’organisation de référence me semble une première réponse sérieuse : collective, ancrée localement, plaçant l'économie au service du projet et non l'inverse. L'ESS n'est évidemment pas une garantie absolue contre les abus. Des détournements de l'esprit social et solidaire existent : certains montages ont servi à développer une activité dans l'intérêt de quelques-uns, et des situations critiques en matière de management ont également été révélées. Mais ces dérives ne disqualifient pas le modèle, elles rappellent qu'aucun statut juridique ne remplace une culture organisationnelle exigeante.

Une première piste concrète, et assez radicale, jugeront certains : ne plus utiliser d'argent public pour financer des organisations autres que celles relevant de l'ESS. Une idée reçue tenace veut que seules les associations perçoivent des fonds publics. Pourtant, les entreprises en sont, très largement, les premières bénéficiaires. De l'argent public finance donc aujourd'hui des bénéfices privés. Imaginez alors le levier d'influence que représenterait une conditionnalité des aides publiques au seul cadre de l'ESS !

CV express
Maître de conférences associé à mi-temps sur le master management du sport Staps de l’université de Poitiers. Entrepreneur dans le domaine des organisations sportives. 

J’aime : ma famille, mes amis, le paddle et le padel, les échanges avec les étudiants, passer une journée à la plage et la terminer en prenant l’apéro. Imaginer l’avenir… et participer à sa construction, lire, écouter, regarder les gens inspirants qui pensent sérieusement qu’on peut faire autrement.

J’aime pas : les phrases telles que « On a toujours fait comme ça », « Qui paye commande », « C’est pas possible », les gens sans convictions.

À lire aussi ...