Violences faites aux femmes, affaires de pédocriminalité, règlement de comptes… L’actualité est émaillée de faits divers parfois graves. Pour autant, la société est-elle plus violente qu’avant ? L’historien Frédéric Chauvaud tempère ce constat à la lumière du passé.
Nuit du 15 au 16 mai 2026. Double rixe devant deux discothèques poitevines avec coup de feu en prime. Dimanche 12 avril 2026. Deux sœurs meurent à Montmorillon sous les coups d’un ancien militaire, voisin de l’une d’elles. 6 mars 2026. Un lycéen est poignardé devant Le Dolmen, trois individus sont mis en examen et écroués quelques jours plus tard. Plus loin dans le temps, le 31 octobre 2024, Anis, 15 ans, est la victime collatérale d’un règlement de comptes sur fond de trafic de drogue aux Couronneries, à Poitiers. C’est un fait, les colonnes « faits divers » des journaux ne désemplissent pas. Loupe grossissante ou réelle montée de la violence dans la société ? En clair, était-ce « mieux » avant ?
« Des rivalités entre quartiers »
Frédéric Chauvaud, spécialiste de l’histoire de la justice pénale au XIXe siècle, tempère la noirceur du tableau actuel. « Les phénomènes sont assez cycliques, estime le professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Poitiers. Ce qui a changé, en revanche, c'est la question de la médiatisation, comment on parle de tel type de criminalité ou de telle affaire. Et il y a une amplification avec les réseaux sociaux qui n’existaient pas avant. » L’auteur de nombreux écrits sur la violence et les crimes aux XIXe et XXe siècle évoque notamment les batailles rangées dans les années 30 entre jeunes de différents quartiers. Une époque où Poitiers était décrite dans les guides touristiques comme « une ville paisible ». « Au départ, les jeunes choisissaient le cadre urbain, jusqu’à ce que la police durcisse le ton et les incite à aller se battre à la campagne… Il y avait des rivalités entre quartiers, par exemple Montbernage-Montierneuf. »
Changer le regard
Les rixes actuelles à la sortie des discothèques résonnent avec les batailles rangées « dans les bals, les foires ou les halles. « On pouvait se bastonner très fort ! Au point que l’historien Michelle Perrot avait montré qu’avant 1914, la société prenait peur de sa jeunesse. Et quand ça se produit, ce n’est jamais très bon », ajoute Frédéric Chauvaud. Le même phénomène de rejet a été observé après la Seconde Guerre mondiale. Le trafic de drogue ? Même s’il a « toujours existé », l’historien reconnaît qu’il a du mal à établir des comparaisons avec d’autres époques anciennes, sachant que « le trafic d’opium, cocaïne et dérivés n’était pas poursuivi jusqu’à la guerre de 1914 ».
Concernant les violences faites aux femmes et aux enfants, en revanche, le fléau semble vieux comme le monde. Frédéric Chauvaud se souvient d’une semaine « intensive » de recherches aux archives départementales, à éplucher les journaux d’époque « avec des récits glaçants ». L’universitaire cependant une inflexion du vocabulaire, « des femmes battues » aux « féminicides », en passant par les violences conjugales. « Le fait de changer les termes change le regard et la prise de conscience », estime Frédéric Chauvaud.
Des chiffres et des êtres
Le bilan annuel 2025 de la délinquance dans la Vienne, dévoilé en février 2026, fait apparaître une hausse du nombre d’homicides (8 contre 7) et de tentatives d’homicides (32 contre 18) par rapport à l’année 2024. Concernant le trafic de stupéfiants, 188 mis en cause ont été interpellés l’année dernière, un chiffre en baisse de 5,1%. Lors de sa prise de fonction, le 6 mai, le nouveau préfet de la Vienne Charles Giusti a indiqué que la lutte contre le trafic de drogue était « « la mère des batailles ». La semaine dernière, deux opérations coup de poing ont été déclenchées aux Couronneries, à Saint-Eloi et Bel-Air.