La maison : un lieu ou des personnes ?

Le Regard de la semaine est signé Oleksandra Sokur.

Le7.info

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Avant d’émigrer, la réponse me semblait évidente. La maison, c’était une ville natale, des rues familières, des endroits préférés, un appartement où chaque bruit est connu. C’était un point précis sur une carte. Je n’avais jamais vraiment remis cette idée en question : certaines choses paraissent immuables jusqu’au jour où on les perd. Quand on quitte son pays, on emporte avec soi quelques objets précieux pour garder un lien avec son passé. Dans mon cas, ce n’étaient que deux petits sacs à dos contenant l’essentiel. Mais on comprend vite qu’aucune valise ne peut contenir les odeurs d’une ville, les rencontres imprévues ou ce sentiment naturel d’appartenir à un lieu.

L’émigration oblige à recommencer. On construit une nouvelle vie, pierre après pierre, dans un monde encore inconnu. À mon arrivée en France, je savais que j’avais de la chance d’être entourée de personnes bienveillantes. Pourtant, entre la barrière de la langue et les démarches administratives complexes, je me sentais dans un entre-deux : ni complètement étrangère, ni vraiment chez moi.

Je me souviens d’une pensée qui revenait souvent : « Le jour où je comprendrai spontanément les conversations dans la rue, cela signifiera que je commence réellement à m’intégrer. » À l’époque, je pensais que le sentiment d’être chez soi dépendait uniquement du temps. Avec le recul, je comprends que mon adaptation s’est construite autrement : grâce aux échanges constants avec des Français, à mon travail qui m’a permis de gagner en confiance, mais aussi grâce à ma volonté de gérer seule les démarches administratives. Cette autonomie m’a aidée à trouver progressivement ma place.

Puis, au cours de ma troisième année en France, quelque chose a changé : je me sentais simplement à l’aise au travail, au restaurant ou avec des amis. Sans m’en rendre compte, un nouveau sentiment de foyer s’était installé. Aujourd’hui, je comprends que la maison n’est pas seulement un lieu. Ce sont aussi des personnes, des moments, un sentiment de paix. Et maintenant, je peux l’affirmer : je me sens chez moi.

CV express
Ukrainienne en France. Secrétaire d’accueil chez Audacia à Poitiers, saxophoniste dans l’association Symphonie Emry, à Vouneuil-sous-Biard.

J’aime : l'ouverture d’esprit, la nature, la découverte de nouvelles choses, la musique, voyager et la photographie.

Je n’aime pas : le manque de temps, les conversations superficielles et l'irrespect.

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