Sommes-nous déjà dans Matrix ?

Benoît Dujardin rembobine le fil de notre addiction aux écrans. Et le constat est sombre.

Le7.info

Le7.info

Pour moi, ça a commencé en 1999. L’année de la sortie du film Matrix a également correspondu au moment où j’ai fini par craquer : après avoir clamé pendant plusieurs années que je ne serai jamais « esclave » d’un téléphone portable, comme tout le monde, j’ai fini par en acheter un. En 2007, le téléphone est devenu « smart ». Les gens ont commencé à se courber dans la rue, jusqu’à ne plus se regarder. Le SMS a remplacé les conversations téléphoniques. On a commencé à se lire et à cesser de s’écouter. En 2010, avec l’arrivée des réseaux sociaux, on a d’abord été regroupés virtuellement dans des communautés de passionnés. Avant d’être divisés.

Notre attention a été prise d’assaut. Notre corps est toujours ici, mais notre esprit est bien souvent ailleurs. La patience ? Un vieux concept. Nos séries préférées sortent par blocs de dix-huit épisodes qu’on dévore seuls, en un week-end. Terminées les discussions pour savoir si Ross va finir par séduire Rachel. Il ne faudrait pas divulgâcher l’histoire à un ami qui n’est pas synchro dans sa consommation de la série. J’ai bien écrit « consommation ».

Et puis il y a eu le Covid, où on a appris à ne plus se toucher. Et à ne plus bouger. Tout est livrable. Même l’amour qu’on va adopter dans une application. Avec le télétravail, on ne croise plus nos collègues. A part le nouveau, qui s’appelle Claude et qui est là en permanence. Artificiellement intelligent, aucunement humain. Mais qu’a-t-on fait du monde ? 
Les chiffres racontent la même histoire. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’une personne sur six dans le monde souffre aujourd’hui de solitude. Dans l’Union européenne, le taux de mariage a été divisé par deux depuis les années 1960. En France, la natalité est tombée à son plus bas niveau depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Pour 2027, on nous promet un avenir extrêmement à droite. Nourri par la peur de l’autre. Dans Matrix, les humains croient vivre une vie normale alors qu’ils sont seuls, les uns à côté des autres, branchés à une machine. Nous n’en sommes pas là. Vraiment ? Tout ceci étant posé, je vous laisse. J’ai rendez-vous avec des amis pour ouvrir des paquets de cartes de basket et faire des échanges !

À lire aussi ...