Aujourd'hui
Inconséquence
L'édito de la semaine est signé Arnault Varanne.
Lorsque l'on évoque l'entretien des ponts, difficile d'occulter le drame de Gênes en 2018, où l'effondrement du pont Morandi a causé la mort de 43 personnes. Cet événement a agi comme un électrochoc pour les collectivités, contraintes depuis de renforcer leurs diagnostics et leurs politiques de maintenance. Dans la Vienne, les 823 ponts situés sur les routes départementales sont sous la responsabilité du Conseil départemental. Celui-ci consacre environ 1,1M€ par an à la maintenance des ouvrages les plus importants, auquel s'ajoutent près de 70 000€ pour l'entretien courant. « Avec le climat d'austérité actuel, il va falloir faire plus, mais avec moins », résume Gilbert Beaujaneau, vice-président en charge des Routes et des Mobilités.
L'élu évoque ici le Programme national 2023-2025 (55M€), qui a permis de financer les réparations des ouvrages communaux, mais dont la reconduction n’est pas prévue pour l’heure. Regrettable dans la mesure où le vieillissement des infrastructures, l'intensification du trafic des poids lourds et les effets du changement climatique fragilisent davantage les ouvrages.
Certaines opérations illustrent l'ampleur des enjeux. A Bonneuil-Matours, la rénovation du pont suspendu a atteint 13,4M€, en raison des mauvaises surprises structurelles apparues en cours de chantier. A Châtellerault, la réhabilitation du pont Henri IV a nécessité près de 3M€. A Château-Larcher, le pont de la Couture menaçait de s'effondrer avant sa réhabilitation complète, pour un coût similaire. « Il aura fallu huit ans de travail et plusieurs phases d'études pour mener à bien le projet », souligne Francis Gargouil, maire de la commune. « Heureusement, ces financements ont pu être bouclés avant la période d'austérité actuelle », souffle-t-il.
Dans certains cas, la préservation des ouvrages -avant la réalisation de diagnostics et de travaux- passe par des restrictions de circulation. Limitations de tonnage, de largeur ou de hauteur : ces mesures visent à réduire les contraintes mécaniques exercées sur les structures les plus fragiles et à ralentir leur dégradation. Encore faut-il qu’elles soient effectivement respectées. « Un camion qui passe en surcharge équivaut à l’impact de plusieurs milliers de voitures », rappelle le vice-président du Département, soulignant l’effet immédiat et cumulatif de ces infractions sur l’état des ponts. Lorsque l’état d’un ouvrage devient trop critique, les fermetures ne peuvent plus être évitées. Elles s’accompagnent alors de déviations parfois longues et de dispositifs d’indemnisation destinés aux commerçants ou encore aux exploitants agricoles aux frais du Département.
À lire aussi ...