L’art pour le plaisir

Le Regard de la semaine est signé Philippe Bouteiller.

Le7.info

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En ces temps perturbés, le cœur des hommes s’emplit de défiance, de rancœur et de haine, stigmatisées et entretenues par des radicalisés de tout poil mettant aux oubliettes les tristes expériences passées et le sage conseil d’un Nelson Mandela : « La mentalité de représailles détruit les Etats, tandis que la mentalité de tolérance construit les nations. » Le privilège de l’âge, s’il en est un, est de pouvoir pratiquer l’évitement de discussions sans fin, quitte à laisser ses interlocuteurs vindicatifs affirmer avec force que deux et deux font cinq. S’ils sont satisfaits, ça me va ! 


Je crois toujours en l’homme créateur, artiste, mais pas en celui des palabres, qui n’a rien donné et rien construit. 
« Ceux-là, je les plains !, disait Victor Hugo, car de son vague ennui le néant les enivre, car le lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre ». Ainsi je me détourne de plus en plus de ce chaudron où bouillonne ce mauvais brouet à l’âcre fumet et pour les quelques années de vie qu’il me reste, je m’offre le luxe de devenir esthète et hédoniste. J’ai vécu une enfance libre et heureuse dans une ferme, un milieu plein de vie, de champs, de chemins creux, de bois et j’ai appris à observer, à écouter tous ces bruits qui font la symphonie d’une campagne. Plus tard, j’en ai fait mon métier pour apprendre aux gens à la respecter. Aujourd’hui, de chez moi dominant la vallée de la Boivre, je prends plaisir à observer chaque jour l’œuvre constamment renouvelée de la nature, seule capable en un printemps, de faire renaître un jardin, d’accommoder à son gré les couleurs pour en faire des bouquets, des arcs en-ciel, des ciels flamboyants, de faire chanter les oiseaux, de transformer des arbres dépouillés en cathédrales de verdure. 


Mais le plaisir naît aussi d’admirer le résultat du travail d’hommes besogneux, d’artisans ou des grands artistes, capables de sublimer une matière première ou ce qui les entoure. J’ai vu tout au long des ans d’admirables choses nées d’une main experte, expérimentée ou talentueuse, d’un cerveau éclairé, d’une inspiration soudaine. Et au regard d’un silex poli, d’une pyramide, d’un aqueduc romain ou du plafond de la chapelle Sixtine, il est évident que le talent a touché l’humanité tout entière depuis bien des lustres. « Il y a un temps pour tout », disait mon père. Il avait raison. Après une vie intense, vient le temps de prendre le temps de se poser et de regarder le beau. Et Dieu sait tout ce qu’il y a à voir. Une vie d’homme ne suffit pas !

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