Aujourd'hui
Toujours plus haut
Rémi Ouvrard. 32 ans. Pilote de montgolfière, acrobate des airs. A figuré en première page du Guinness Book des records. Vit pour repousser les limites. Les pieds sur terre, la tête dans les nuages.
Teddy Riner et ses sept médailles olympiques en judo. Karim Benzema et ses dix-huit saisons consécutives avec au moins un but en Ligue des champions. Et entre ces deux légendes, Rémi Ouvrard. Un nom qui ne dira peut-être rien aux fans de tatamis ni aux suiveurs du Real Madrid, mais qui est bien connu des locaux. Et si vous ne le connaissez pas encore, il y a des chances que vous l'ayez déjà aperçu en levant les yeux au ciel. Rémi Ouvrard est aérostier ou ballonnier, c’est selon. Lui préfère le terme d’« aéronaute ». « Il y a un côté cosmonaute que j'aime bien », rigole le principal concerné. Clin d'œil du destin, c'est justement dans cet accoutrement que le jeune trentenaire a établi son record à Châtellerault. « La plus haute altitude atteinte debout au sommet d'une montgolfière est de 4 016m, un record réalisé par Rémi Ouvrard à Châtellerault, dans la Vienne, le 10 novembre 2021 », indique l'autorité mondiale en matière de records. Clou du spectacle : c'est ce même exploit qui a été choisi pour illustrer la couverture de l'édition 2023 du Guinness Book. Dans les jours qui ont suivi sa sortie, les médias du monde entier ont repris les images, jusqu'à la célèbre émission The Tonight Show animée par Jimmy Fallon dont l'invitée, ce soir-là, n'était autre que Taylor Swift. Rien que ça.
Cette prouesse, Rémi n'aurait pu l'accomplir sans son copilote de toujours, son mentor dans le métier et, accessoirement, son père dans la vie. « Il aime bien dire que c'est le pilote qui a le plus d'heures de vol en France. Je ne sais pas si c'est tout à fait vrai, mais il en a un sacré paquet. » Un peu plus de 4 400 pour être précis. Quel meilleur équipier pour ce défi que celui qui lui a mis le pied à l'étrier dès ses 2 ans ? « Mon premier souvenir remonte au Festival de montgolfières de Chambley, quatre cents ballons qui décollent en même temps. J'avais à peine 4 ans. » Car expliquer la passion de Rémi pour la montgolfière, c'est d'abord revenir sur celle de Jean-Daniel. Le paternel, photographe à la fin des années 80, tombe sous le charme de ces grandes structures volantes en montant dans l'une d'elles pour couvrir le championnat de France à Châtellerault. Un virus qu'il ne manquera pas de transmettre à ses trois fils.
Avant chaque vol, la routine est la même. Préparation du site de décollage, vérification des conditions météo, mise en place technique : installation, contrôle du matériel, allumage des brûleurs. Puis vient le silence suspendu du décollage. « La magie opère à chaque fois, mais pour chaque vol, la sensation est différente. » Nuages, vents, lieu d'atterrissage… Rien n'est jamais identique. « Une adrénaline dont je ne pourrais me passer pour rien au monde. » Une sensation de liberté qui se conjugue à une autre passion, plus discrète. « Depuis tout petit, je m'intéresse à la météo. Je passais mes journées dehors. Je faisais des repères dans la Vienne pour suivre l'avancement des crues. » En confiant cette facette de sa personnalité, l'envie est trop forte pour Rémi de nous emmener au bout de son jardin, la Vienne y coule à quelques mètres. En début d’année, la crue n'est pas passée loin d'inonder sa maison, ce qui explique que cet habitant de Bonneuil-Matours compte peu de voisins aux alentours. Vivre avec la nature, c’est aussi et surtout accepter sa loi. Il le mesure chaque jour. « Je suis convaincu qu'elle nous le rend bien à la fin », note-t-il, avant de dresser, malgré lui, un tableau que l’on imaginerait aisément figurer dans une exposition impressionniste. « Il faut imaginer le ciel en été. On s'élève lentement à 10km/h. On peut surfer sur l'eau en douceur. On arrive au milieu de la forêt en effleurant les arbres. On peut cueillir les fleurs à leur cime. Puis un coup de brûleur. Un sanglier qui part à droite, un chevreuil qui file à gauche. »
La structure de vingt mètres de haut offre une plénitude, un sentiment de liberté qui en inspire plus d'un. Les records font parler de lui, mais ce sont parfois les moments les plus simples qui le marquent le plus. Comme cette femme en situation de handicap qui, quelques minutes après le décollage, s'est mise à pleurer en contemplant le paysage. Pas un mot, seulement des larmes. « Elle était submergée par l'émotion », raconte Rémi. C'est alors un privilège pour lui de se glisser dans ces instants si uniques, en partageant son royaume. Puis quand lui vient l’envie de redonner un peu d’adrénaline à sa routine, Rémi voit grand et haut, très haut. Le 16 avril 2026, après plus d'un an de préparation, il établit un nouveau record : rester arrimé sous une montgolfière -une nouvelle fois pilotée par son père- jusqu'à 4 601m d'altitude. Pour y parvenir, il a descendu une petite échelle de spéléologie de dix mètres, suspendue sous la nacelle, et est resté dans le vide, sans parachute mais avec un harnais de sécurité. Et la suite ? Rémi déborde d'idées. Après s’être élevé au sommet d’une montgolfière à 4 000m, puis suspendu dessous, « il faudrait qu'il songe à rester dedans, maintenant », rigole Anna maria, sa compagne.
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