Héloïse Dubrulle, luthière ouvrière

Diplômée de l'Institut technologique européen des métiers de la musique du Mans, Héloïse Dubrulle a ouvert, début 2025, en plein cœur de Châtellerault, un atelier dédié à la fabrication, la restauration et la réparation d'instruments à cordes pincées. Un cas unique.

Nicolas Boursier

Le7.info

Héloïse Dubrulle n'ignore rien des technologies du XXIe siècle, du pouvoir des commandes numériques, des arcanes de l'artisanat 3.0. Mais elle leur préfère la force des traditions et le travail à l'ancienne. Plus astreignant sans doute, mais tellement plus valorisant aussi, personnel, intimiste...

Vingt fois sur le métier elle remet son ouvrage. Rabot et racloir en mains, usinant à la force du poignet, façonnant à la sueur de l'inspiration... Au bout de cette quête, si souvent laborieuse, toujours solitaire, presque introspective, l'accomplissement d'une pièce rare car unique. Une guitare, une basse, un ukulélé créés ex nihilo ? Une mandoline, une balalaïka, un banjo préservés des affronts du temps ? Un oud, un luth ou un bouzouki accordés, réparés, cajolés ? 
Derrière la porte du petit atelier d'HD Guitars, lui-même niché dans la discrète place de la Croix-Rouge, à Châtellerault, diversité est mère de sûreté. « C'est cette richesse, ce large panel de possibilités offertes en matière de confection, d'assemblage, de sonorités, de résonance... qui m'a séduite dans la lutherie à cordes pincées. Avec les guitares, classique, manouche, folk, électrique, j'ai ce même sentiment de profusion et de liberté. J'ai toutefois une affection toute particulière pour l'acoustique, car la fabrication d'une telle pièce demande toujours une longue et patiente réflexion, sur l'épaisseur du bois(*), sur son élasticité, sur la bonne répartition des fréquences... C'est un cheminement passionnant. »


Désosser, remonter, bichonner

Cette passion-là, Héloïse l'a découverte à l'âge des premiers émois musicaux. « A 9-10 ans, précise-t-elle, je jouais du violon. Mon instrument ayant besoin d'une petite réparation, ma mère et moi avons poussé la porte de l'atelier d'une luthière. En la voyant opérer, c'est vraiment le mot, j'ai été immédiatement fascinée. A partir de ce jour-là, je n'ai eu qu'une idée en tête : désosser, remonter, choyer, bichonner. » Et créer, aussi, pour le seul plaisir de faire plaisir !

Titulaire d'un brevet des métiers d'arts, option lutherie cordes pincées -adieu violon, alto, violoncelle et contrebasse !-, Héloïse a arpégé ses gammes, dix ans durant, à réparer des guitares et régler des cordes chez Thévenet Music à Angoulême. Depuis janvier 2025, c'est un peu plus au nord, dans une ville de Châtellerault qui ne compte qu'un seul autre luthier, mais non fabricant celui-là, que la jeune femme de 35 ans fait le bonheur d'une clientèle de musiciens, professeurs, élèves... conquise par tant de savoir-faire et de maîtrise. De talent mis au service d'un art ancestral que beaucoup pensaient disparu et qui, finalement, sourit à l'avenir.

(*)Héloïse utilise plusieurs essences de bois pour ses productions : de l'exotique (ébène, palissandre, acajou...) et de l'indigène (noyer, frêne, épicéa, érable...). Et même, aussi souvent qu'elle le peut, du bois de récupération prélevé sur du mobilier d'intérieur.

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