« Repenser les questions 
de souveraineté »

Participation au Salon Viva Tech, décision unilatérale du gouvernement américain, développement en France… Le dirigeant-fondateur de la startup Algos 
(10 salariés), implantée à Chasseneuil-du-Poitou, réclame un sursaut européen.

Arnault Varanne

Le7.info

Le gouvernement américain a suspendu l’accès à deux IA de la société Anthropic (Claude Fable 5 et Mythos 5) à tout ressortissant étranger. Que vous inspire cette décision ?
« On savait que ça pouvait arriver, mais pas quand.
On commence à avoir des systèmes d'IA qui sont capables de faire des choses assez hallucinantes, comme des armes chimiques par exemple. Il ne faut pas faire d’anti-américanisme primaire sur le sujet. Il y a trois ans, on parlait de l'IA pour résumer des textes et maintenant, elle est utilisée pour définir des cibles avec des missiles… Il y a un élément qui marque dans la décision du gouvernement américain, c'est la primauté du politique sur l'économique. »


Quel impact ce décret peut-il avoir sur une société comme la vôtre ?
« Aucun, tout simplement parce que nous travaillons à partir de modèles ouverts, que nous pouvons contrôler et installer chez nous. Ils sont français, américains, chinois… Si cela avait un impact, ça casserait toute la valeur d'Algos qui repose précisément sur le fait que nos hébergements et serveurs de calcul sont en France. »


Vous dites que si l’Europe continue à rester spectatrice, elle finira par être le continent qui régule les technologies des autres. Comment écrire un autre scénario ?
« Nous avons en France et en Europe une culture de la peur de la nouveauté. On pense d’abord à encadrer. L’AI Act (loi sur l’IA adoptée en mai 2024, ndlr), par exemple, nous met plus d’épines dans le pied, cela me gêne pour vendre mes solutions à des clients français, en aucun cas à d’autres, à New York ou en Californie. Il est impératif de repenser les questions de souveraineté, et cela ne peut se faire qu’à l’échelle européenne. »


« Aussi bon 
que n'importe quel système qui coûte plusieurs milliards. »

Que représente Algos aujourd’hui après trois ans et demi d’activité ?
« Nous sommes 10 salariés et comptons 140 clients, parmi lesquels des cabinets spécialisés dans le conseil aux entreprises, des avocats, notaires, comptables, industriels, des professionnels de l’immobilier, de l’hôtellerie… Nous venons de signer avec le groupe Castel, leader mondial de la distribution de vin. Leur point commun n’est pas de posséder une technologie différente, mais bien une IA qui leur soit utile. Aujourd'hui, par exemple, des modèles sont capables de réaliser des analyses prédictives financières sur une grande entreprise faites, hier, par trois cabinets d'avocats différents. Algos terminera l’année avec un chiffre d’affaires de 1M€. »



Vous étiez présent sur le Salon Viva Tech la semaine dernière. Avec quel message ?
« Nous avons été sélectionnés par la French Tech pour être sur son stand, l’un des plus visités. C’était l’occasion de rencontrer nos chers dirigeants. On a voulu montrer comment on arrive à faire avec une équipe de 
10 personnes, à Poitiers, un système d'IA aussi bon que n'importe quel système qui coûte plusieurs milliards. Pour cela, il faut du bon sens, réfléchir de façon intelligente et être pragmatique. »

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