Au Republic Corner, règlement de comptes sur fond de difficultés financières

Le nouveau président de la SAS Republic 86, gestionnaire du Republic Corner, à Poitiers, veut poursuivre en justice son prédécesseur, Pierre Goubault. Il lui reproche des irrégularités financières pour un montant supérieur à 600 000€. L’entrepreneur s’en défend.

Arnault Varanne

Le7.info

Avec la Coupe du monde de foot et les matchs des Bleus, le Republic Corner -46 salariés- affiche complet depuis plusieurs semaines. Avec une fréquentation évaluée entre 10 000 et 15 000 personnes par semaine, le « RC »(1) tourne comme une horloge, et ce depuis son ouverture en 2021. En apparence seulement. Car en coulisses, l’ambiance est nettement plus fraîche sur fond de dérapages financiers et de guerre larvée entre associés. Président de la SAS Republic 86 jusqu’à mi-février 2026, Pierre Goubault (Poitiers Food Project, 34%) a été mis en minorité par ses associés : Antoine Chaumont, détenteur de 33% des parts, et Nicolas Girard dont la société Twogood détient également 33%. La scission s’est déroulée en février, Philippe Rebeix étant nommé à la présidence de la SAS dans la foulée.

650 000€ à éclaircir  

Aujourd’hui, le chef d’entreprise annonce son intention d’engager des poursuites civiles et pénales contre Pierre Goubault(2). Un audit indépendant aurait fait apparaître plus de 500 000€ de sommes dues par des sociétés liées à l’ancien dirigeant ou présidées par lui et quelque 150 000€ « de paiements réglés par la SAS Republic 86 sans la concerner ou dépourvus de justificatifs ». Notes de restaurant, chèques, cartes bancaires… Le dirigeant cite notamment une facture dans un magasin de bricolage « pour des bains de soleil et une bâche à bulles alors qu’il n’y a pas de piscine au RC ». « Lorsque j’ai pris la présidence, le 17 février, je suis arrivé dans un bureau vide, où il y avait un paquet comme ça de papiers qui n'était que des relances d’huissiers… », déplore Philippe Rebeix. Charges sociales, TVA, Sacem, Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), Centre national de la musique, fournisseurs… Les montants dus aux créanciers s’élevaient à plusieurs centaines de milliers d’euros.

« Un véritable travail de détective »

« La comptabilité n’étant plus faite depuis juillet 2025, on a dû réaliser un véritable travail de détective pour régler chaque dossier », avance-t-il. Le président de la SAS Republic 86 navigue d’autant plus à vue qu’il ne dispose toujours pas du bilan comptable 2025 de la société, qui aurait dû théoriquement lui parvenir au 30 juin 2026 dernier délai. Ses demandes d’« échanges et de documents » au cabinet d’expertise comptable se seraient heurtées à « un refus pour des problèmes déontologiques »(3). Mais ce qui interroge, au-delà, les actionnaires, ce sont les mouvements financiers entre la société mère et sa filiale, l’Espace Republic, dont l’exploitation a démarré en septembre 2023. « Pourquoi continuer à facturer 122 000€ de rémunération à la filiale (l’Espace Republic Corner, ndlr) qui va mal (1,13M€ de chiffre d’affaires, 630 000€ de pertes à fin 2024, ndlr) quand on en est le propriétaire ? », s’interroge Philippe Rebeix.

Pierre Goubault « surpris »

Mis en cause par son successeur, Pierre Goubault se dit « surpris de devoir répondre, par voie de presse, à des allégations qui seraient issues d'un audit financier dont [il] n’a toujours pas reçu communication ». Sollicité par la rédaction avec des questions très précises, le président de la holding Poitiers Food Project(4) nous a répondu ceci dans un mail intitulé « Allégations diffamatoires » : « Les faits évoqués concernent pour l'essentiel des périodes anciennes, parfois remontant à plusieurs années. Ils s'inscrivent dans la gestion courante d'une société dont les comptes étaient présentés régulièrement aux associés, examinés lors des assemblées générales et suivis par les conseils habituels de l'entreprise. » L’entrepreneur déplore par ailleurs que « la gravité des reproches formulés publiquement contraste avec l'absence, à ce jour, de toute procédure contradictoire portée à [sa] connaissance. Si certains faits étaient considérés comme établis, il serait légitime qu'ils soient d'abord portés à la connaissance des personnes concernées et examinés dans le cadre des procédures appropriées avant de faire l'objet de commentaires publics ».
 
L’ancien président de la SAS Republic 86 explique être d’abord « préoccupé par l’avenir du Republic Corner, la préservation de son activité ainsi que des emplois qui en dépendent ». Avant de noter ceci : « Les dernières communications publiques et opérations promotionnelles relayées dans la presse pouvaient laisser penser que la situation de l'entreprise ne suscitait pas d'inquiétude particulière. »
 
(1)Le Republic Corner a ouvert ses portes en août 2021, la salle de spectacle Espace Republic Corner en septembre 2023.  
(2)Entre autres actions, Me Lessaicherre, avocat de la SAS Republic 86, annonce qu’il a transmis ce mercredi 8 juillet une plainte pénale au bureau de la procureure de la République de Poitiers, « sur la base de l’audit indépendant réalisé ». 
(3)Sollicité, l'expert-comptable en charge du dossier n'a pas donné suite à notre demande d'interview. 
(4)Sa société Libération (8 salariés), qui exploitait le food-truck Le Petit Cul de Paille, a été liquidée le 25 mars dernier. L’un de ses clients était le Republic Corner. 

 

DR Republic Corner

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