Le numérique, ce fil à la patte

L’Espace Mendès-France dévoile, dans les colonnes du « 7 », son programme d’animations jusqu’à janvier prochain. Au delà du rendez-vous sur la Cop 21, un Forum citoyen sur le thème de « l’emprise numérique » tiendra le haut de l’affiche, fin novembre. Les écrans nous vampirisent-ils ? Trois experts donnent leur point de vue.

Arnault Varanne

Le7.info

Cet été, Eric Leguay s’est déconnecté. L’enseignant et consultant expert en médias numériques, a profité de ses vacances itinérantes en Champagne… dans une roulotte pour prendre le large avec la « chose » numérique. « Bon, j’avais quand même une tablette. Mais sans Wifi… » Comme ce Poitevin, nous sommes aujourd’hui des millions à passer d’un écran à l’autre, d’une partie de Candy Crush à Facebook, d’Instagram à Booking.com. Le phénomène prend une telle ampleur que certain(e)s cadres trop connectés ou gamins « addicts » aux jeux en ligne consultent des spécialistes.

Une question affleure. Sommes-nous donc « armés pour faire face à l’emprise du numérique ? » La réponse semble presque suggérée, mais nécessitera tout de même six jours de débats citoyens, du 24 au 29 novembre, à l’Espace Mendès- France. « A titre personnel, je ne connais aujourd’hui aucune activité qui puisse s’affranchir du numérique », étaie Jean-François Cerisier, vice-président de l’université de Poitiers et directeur du laboratoire Techné, Technologies numériques pour l’éducation. A l’écouter, tout serait affaire de modération. « Le numérique apporte beaucoup de choses, à condition que l'on sache comment ça marche, quels sont ses dangers, ses potentialités… » Une thèse partagée par Thierry Venin, auteur du livre « Un monde meilleur ? Survivre dans la société numérique ». « C’est un fait, on ne peut plus se passer des TIC, mais on peut les maîtriser. Nous avons découvert l’électricité, nous louons son utilité. Pour autant, nous ne dormons pas la lumière allumée », déclare le docteur en sociologie.

Victime et bourreau

Un hic demeure : aucun mode d’emploi ni même de notices n’existent, lorsqu'il s'agit de dévoiler ses données personnelles sur la toile. « La vie sur les réseaux sociaux, pour prendre cet exemple, vous donne l’impression qu’elle avance sans vous. Mais c’est le cas aussi dans la réalité ! », analyse encore Jean- François Cerisier. « Nous vivons avec la peur de la disparition du numérique », renchérit Thierry Venin. Pour avoir le sentiment d’exister, même virtuellement, nous continuons d’abreuver les réseaux sociaux en détails intimes, de répondre tard le soir aux courriels de nos supérieurs hiérarchiques et de décrocher dès que le téléphone vibre. « Bien sûr, nous sommes les victimes de cette « laisse électronique », mais aussi nos propres bourreaux. Qui n’est pas content de commander ses courses sur Internet, de se faire livrer un colis en 24h et de suivre sa progression en ligne ? », interroge l’expert.

Lueur d’espoir, ce que l’Homme a construit, il peut l’apprivoiser. « Comme dans n’importe quel phénomène, on dépasse d’abord les bornes, puis on modère ses usages avec le temps », estime Eric Leguay. Qui ajoute : « Les cycles de vie sont très courts, la régulation va s’opérer. Mais pour discuter avec beaucoup de jeunes, je peux vous assurer qu’ils sont parfois plus conscients que leurs parents de leur propre addiction. » Et vous, à quel stade de dépendance êtes-vous arrivé(e) ? Rien de tel qu’un Forum citoyen pour en parler avec vos semblables. Sans smartphone ni tablette, hein !

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