Le PB86 prend la première manche

Dans une salle Jean-Pierre-Garnier suffocante et au terme d’un scénario complètement fou, le PB86 a renversé Saint-Quentin après prolongation (100-96) pour s’offrir la première manche de ces quarts de finale de play-offs. Longtemps dominés par une formation d’élite plus expérimentée, les Poitevins ont trouvé les ressources pour revenir avant de survivre à une fin de rencontre irrespirable, marquée par une altercation, trois exclusions et plusieurs minutes d’interruption.

Pierre Bujeau

Le7.info

On pourrait vous parler du scénario renversant à la David contre Goliath, de la prolongation arrachée, d'une victoire historique à Saint-Eloi qui n'avait plus participé aux play-offs depuis 2019. Mais c'est l'image de Narcisse Ngoy, hors de lui, que les supporters retiendront en premier lieu de cette soirée hors norme, conclue par une victoire poitevine sur Saint-Quentin (100-96, ap). A quelques secondes du terme de la prolongation, le récent MVP de la saison régulière d'Elite 2 a perdu ses moyens face à Eddie Ekiyor, qui n'en finissait plus de chambrer la salle Jean-Pierre-Garnier. L'intérieur du SQBB a asséné un très vilain coup dans le dos de Ngoy. La colère du pivot poitevin a été d'une violence rare. Pas moins de trois coéquipiers, et même son père, ont dû s'interposer physiquement pour que le joueur ne comète une plus grosse bétise que ces poings brandis en direction d'EKiyor. Une faute disqualifiante plus tard, Ngoy quittait le parquet sous les yeux d'une salle sonnée. Marcus Gomis a lui aussi écopé du même sort, pour être rentré sur le terrain sans y être autorisé. Résultat : plus de cinq minutes d'interruption dans une atmosphère électrique, avant que la rencontre ne reprenne enfin son cours. Une fin de soirée totalement ubuesque, qui a failli éclipser l'essentiel… Poitiers remporte la première manche de ces playoffs. " On a peut-être vécu le match de la décennie", savourait à chaud Arnaud Marius, manager général.

Des conditions de fournaise

Avant même que le coup d'envoi ne soit sifflé, Saint-Éloi affichait déjà ses ambitions. Le thermomètre frôlait les 30 degrés, une chaleur étouffante qui allait peser sur les organismes tout au long de la soirée. Dans les tribunes, les supporters de Saint-Quentin avaient fait le déplacement- pas moins de 6h en bus- bien décidés à ne pas laisser la bataille des décibels aux locaux.  Sur le papier, les Poitevins n'avaient rien à perdre, poussés par 2 400 supporters tout de bleu vêtus. Opposés à un club de l'échelon supérieur, classé quinzième de Betclic Elite, ils abordaient cette série en outsiders assumés, avec pour seul avantage de recevoir pour ce premier acte. Mais dans leurs rangs, un homme portait une aura toute particulière : Narcisse Ngoy, auréolé du titre de MVP de la saison régulière, une première absolue dans l'histoire du club.

Un match à plusieurs visages

La rencontre a commencé comme un long chemin de croix pour les locaux. Dès le premier quart-temps, Saint-Quentin a imposé son rythme, son physique et son adresse longue distance, creusant rapidement l'écart à la fin du premier acte (22-29). L'étincelle nordiste s'appelait Difuidi (20 pts), athlétique, puissant, déstabilisant, tandis que Johnson (29 pts) faisait des dégâts dos au panier avec une roublardise bienvenue au moment de gratter quelques lancers francs. A mi-parcours, les Picards menaient encore (47-55), portés par une adresse à trois points nettement supérieure à celle de leurs hôtes, un gouffre résumé par un cinglant 4/16 côté poitevin en première mi-temps. Et pourtant, Poitiers ne lâchait rien. Marcus Gomis(18 pts), véritable bouffée d'air frais dans cette atmosphère irrespirable, enchaînait les banderilles à trois points avec une régularité métronomique (4/6 en première mi-temps). Un malheureux fait de jeu a relancé Kevin Harley et les siens... Elijah Clarance a claqué un dunk avant de retomber sur le dos et la tête. Il est sorti du terrain sur ses deux jambes après de longues minutes de torpeur. 

Fin de match irrespirable

Le coup du sort n'a pas d'abord pas trop perturbé le SQBB. Le début du deuxième quart-temps l’a encore démontré avec un violent 7-0 encaissé en quelques instants. Pourtant, les hommes d’Andy Thornton-Jones ont continuellement répondu par séquences, sans jamais laisser leurs adversaires s’échapper. Puis cette rencontre a lentement glissé vers l'irrationnel dans le dernier quart-temps. Alors que Saint-Quentin semblait contrôler les débats, Poitiers a soudainement retrouvé une adresse longue distance jusque-là absente pour revenir au score dans le début du quatrième acte. Les Nordistes, eux, ont commencé à déjouer, incapables de retrouver leur efficacité à trois points. Bien qu'il soit complexe de sortir des individualités de cette partition collective, Jordan Ratton a su montrer de quel bois il était fait et cela même en l'absence de Ngoy. Imanol Prot, discret une grande partie de la soirée, est sorti de sa boîte pour enflammer l'arceau à trois points. A cinq minutes du terme, le score de 86-80 laissait entrevoir l'exploit des poitevins. Mais Saint-Quentin, aguerri et roublard, n'avait pas dit son dernier mot. Johnson continuait ses dégâts et, dans les ultimes secondes, alors que Poitiers pensait tenir sa victoire, Giovanni Oniangue inscrivait un tir longue distance pour égaliser à 89-89. La salle était sous le choc. Puis lentement cette équipe picarde a semblé perde le fil, émoussée et en manque de lucidité. Puis dans la discipline avec pas moins de 29 fautes, symbole on ne peut plus concret de cette frustration qui a sans nul doute joué en leur défaveur.   

Cette victoire n’offre encore rien au PB86, mais elle change déjà beaucoup de choses. Parce qu’elle permet de prendre l’ascendant psychologique avant un déplacement, mercredi (20h), dans l'Aisne. Parce qu’elle confirme aussi que Poitiers est capable de rivaliser physiquement et mentalement avec une formation de l’élite. Et surtout parce qu’au bout d’une soirée complètement folle, les Poitevins ont envoyé un message, ils n’ont pas l’intention de s’arrêter là, même sans leur MVP, suspendu mercredi pour le retour et peut-être aussi pour le match d'appui, dimanche prochain à Saint-Eloi. 

 

 

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