Les Usines de la Vincendrie parées pour durer

Deuxième plus ancienne entreprise de la Vienne, la PME poitevine fabrique des cristaux de soude depuis plus d’un siècle et demi. Un savoir-faire artisanal menacé par la concurrence… mais auquel les dirigeants s’accrochent.

Arnault Varanne

Le7.info

Bientôt fermées les Usines de la Vincendrie ? La rumeur qui bruisse en ville agace ou amuse Isabelle Geoffroy, c’est selon. La patronne du seul fabricant tricolore de cristaux de soude à partir de carbonate de sodium, lové à Saint-Eloi, à Poitiers, a trouvé la parade : « Vous pouvez écrire qu’on va très bien ! », sourit-elle. On ne raye pas une histoire de cent cinquante-quatre ans d’un trait de plume, ça se saurait ! Labellisée Entreprise du patrimoine vivant en 2023, la PME 
(8 salariés, 1,87M€ de chiffre d’affaires) est donc bien vivante ! 
Elle produit en vitesse de croisière quelque 2 500 tonnes de cristaux de soude pour des industriels tels que Gerlon ou Pintaud (marque Phénix), présents en grande distribution, ou encore pour un partenaire belge présent au Bénélux. 
« On s’emploie à faire perdurer un savoir-faire ancestral », détaille la patronne de la société, qui a succédé à sa mère Marinette Seguin en 2017.

« Quand vous achetez du beurre… »

Les propriétés des cristaux de soude ne sont plus à prouver. Le carbonate de soude décahydraté, de son nom chimique, a des vertus détergentes, dégraissantes et désinfectantes avec un pH basique. « Ce produit existait depuis l’Antiquité à l’état naturel, mais s’est raréfié au fil des années. Notre process de fabrication unique permet d’en obtenir en grande quantité et pour des usages très variés. » Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la « vieille dame » n’était pas confrontée aux crises successives, en particulier énergétiques, et si la concurrence n’utilisait pas de processus déloyaux. Les Usines de la Vincendrie ont assigné quelques industriels devant les tribunaux pour « tromperie sur la marchandise ». « Ils vendent du carbonate de soude, la matière première, en l’appelant cristaux de soude. C’est de la concurrence déloyale ! Quand vous achetez du beurre, vous n’achetez pas de la margarine », 
tempête Isabelle Geoffroy. Piquée au vif, l’ancienne infirmière ne déposera pas les armes avant d’avoir obtenu gain de cause en justice.

« En chimie, chaque produit a une identité, ce n’est pas la même chose. Et sur le plan environnemental, l’impact est aussi très différent car le carbonate de soude est six fois plus concentré. » Trois ans et demi que dure la bataille entre avocats. Le rapport de force financier n’est pas forcément en faveur du Petit Poucet poitevin, mais sa longévité lui permet de prendre du recul. « Notre 
seule ambition, martèle Isabelle Geoffroy, c’est de faire perdurer un savoir-faire ancestral. » La dirigeante n’aime rien tant que disserter autour des quatorze piscines de maturation des cristaux. « Notre fierté, elle est là. »

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