Olivier Pouvreau s’intéresse cette semaine à une catégorie des Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Sont-elles si nuisibles que prétendues ?
En France, il existe un statut juridique pour certaines espèces de mammifères et d’oiseaux qualifiées d’« Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ». En langage gestionnaire, on parle d’Esod. Ces animaux sont chassés toute l’année par tir ou piégeage. Le deuxième des trois groupes nous intéresse en particulier. Il réunit les espèces suivantes :
belette, fouine, martre, renard, corbeau freux, corneille, geai, pie et étourneau. Autrefois appelées « nuisibles », on les chasse parce qu’elles commettent des dégâts localisés. En clair, tandis que les mammifères Esod s’introduisent dans les poulaillers mal protégés, les oiseaux Esod se régalent des pousses de céréales ou de fruits cultivés. Ils sont ainsi des millions à se faire trucider chaque année tandis que l’efficacité de cette « régulation » n’est pas démontrée, que les dégâts sont rarement prouvés, que les alternatives non létales ne sont presque jamais considérées et que leurs rôles écosystémiques sont ignorés. En fait, ces raisons -c’est du moins mon hypothèse- sont sans doute bien plus culturelles que rationnelles. Elles relèvent du mythe car un trait commun traverse les Esod n°2, tissé de fables et de perceptions séculaires à leur égard. La corneille et la pie, c’est le noir de mauvais augure, l’œil intelligent et sournois qui vous observe. Le renard, c’est le goupil, plein de malignité. On le trouvait facilement, autrefois, empaillé avec ses pairs belettes et autres fouines dans des postures agressives, tels des trophées érigés contre « la vermine ». Cette dénomination, d’ailleurs, leur colle à la peau :
les Esod sont imaginées comme les sangsues du poulailler et du champ, revenant obstinément profiter de l’homme à ses dépens, renaissants et insaisissables comme les démons. Pourtant, se souvient-on de l’époque où les rapaces étaient tirés en tant que « becs puants » puis protégés en 1972 au motif de leur importance écosystémique ? Si l’on établit un parallèle avec les Esod, il apparaît que la mémoire du législateur est bien sélective...