Eduardo Zola Daniel. 30 ans. Garde du corps. Patron d’une entreprise de prêt-à-porter. Boxeur. Père de famille. Vient de publier son premier roman, Eddy dans l’ombre des stars. Toute ressemblance avec sa propre existence…
Sur le ring, il aime le travail de sape bien fait, à l’ancienne, soucieux de « boxer propre » et d’user ses adversaires. En dehors, il adore se saper sans ostentation mais avec une certaine idée de l’élégance mâtinée de sobriété. Eduardo Zola Daniel porte beau, pendentif de gant miniature en or autour du cou et montre du même métal. Mais le paraître ne saurait cacher son être. Il y a neuf ans, l’enfant de l’Angola a rédigé un premier recueil de poèmes, Mes mots cachés, laissé dans un tiroir. Puis un roman en espagnol, Futurs Héritiers. Là encore sans publication. Voici Eduardo sur le devant de la scène avec Eddy dans l’ombre des stars. L’histoire d’un garde du corps issu de l’immigration, qui choisit d’abord l’armée pour
« remercier la France » de son accueil, puis intègre l’univers de la protection rapprochée, se trouve aux premières loges d’un monde parfois sulfureux…
Eddy est-il Eduardo ? L’assertion fait sourire l’auteur. « Disons que pour écrire un roman réaliste, je me suis inspiré de situations réelles, rétorque-t-il. Mais ce roman ne parle pas seulement de la vie d’un garde du corps mais aussi de la situation géopolitique en Afrique, de racisme, de politique… » Confidentialité oblige, le Poitevin jette un voile pudique sur son quotidien de bodyguard auprès de personnalités politiques de premier plan, d’artistes ou d’hommes d’affaires, dont il assure la sécurité à Paris ou sur la Côte d’Azur. Celui qui a
« toujours été protecteur avec les autres » a choisi son métier par évidence. A moins que ce ne soit son métier qui l’ait choisi. Avec une double licence de langues étrangères appliquées et de commerce international,
« Ed » aurait pu devenir interprète -il parle anglais, espagnol, portugais et lingala- ou businessman.
Entrepreneur
A bien y regarder, le fils de cheffe-cuisinière et de technicien énergétique n’a rien abandonné en route. Les langues lui servent parfois dans des missions. Et il a lancé sa propre marque de prêt-à-porter en 2017. BZOLA commercialise des fringues haut de gamme pour hommes et femmes. De l’art de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier… « Je n’aime pas me laisser enfermer et j’ai besoin de faire beaucoup de choses à la fois », abonde le trentenaire, papa d’une fillette de 4 ans. Pas de goût de revanche là-dedans, mais « une motivation » à l’heure des choix d’orientation. Quand certains de ses profs veulent le cantonner à des métiers manuels, lui rêve d’un destin plus grand, moins étriqué,
« dans l’action au quotidien ».
Eduardo a débarqué dans l’Hexagone à 15 ans, en solo. L’auteur cite son personnage en guise de réponse à la question centrale :
pourquoi ? « Mes parents ont tout fait pour que je devienne quelqu’un de bien. Ils m’ont dit que c’était mon seul espoir d’avoir une vie meilleure. » D’aussi loin qu’ils l’observent, les parents du garde du corps-businessman-écrivain ressentent « de la fierté », forcément. Car leur fils est devenu « un homme accompli »
mais également un boxeur talentueux. L’ex-élève de Ronsard et du lycée pilote innovant et international a pourtant découvert le noble art sur le tard, et un peu par hasard. « Je faisais de la danse, du modern jazz et du hip-hop, jusqu’à ce qu’un prof de collège me dise que j’avais un physique de boxeur. » Il a participé à une séance, puis deux, avant de s’y consacrer pleinement à 18 ans.
« Un meilleur citoyen »
L’ancien disciple de Jean-Claude Buch au Stade poitevin, puis membre d’AF Boxing, mène depuis une carrière honnête d’amateur. Le moins de 75kg a
échoué en quart de finale des qualifications pour les Jeux olympiques de Tokyo, a fait l’impasse sur Paris, mais n’a pas renoncé à Los Angeles 2028. « Je me prépare pour cette échéance avant de passer professionnel », assure-t-il. Eduardo voit dans la boxe une école de vie incomparable qui lui a permis de « devenir un meilleur citoyen, plus stable émotionnellement ». « On ne pratique pas un sport de combat pour montrer aux autres qu’on est fort. » Parce que
« les règles sont les règles », le garde du corps ne transige pas avec ses valeurs. Il transmet régulièrement des messages aux gamins de la salle, à Saint-Eloi. Comme pour leur rappeler qu’un parcours n’est pas toujours linéaire, qu’on se construit dans l’adversité. Et aussi que la vie s’apparente à un équilibre fragile.