Le Regard de la semaine est signé Lou Dufour-Vaucelle.
Lorsque j’ai écrit ma première chronique, je n’étais sûre de rien. Je n’étais pas sûre d’avoir les mots, pas sûre d’être à ma place. Je n’étais même pas sûre d’avoir quelque chose à dire. À chaque texte, il y avait cette petite voix qui me disait « Qui es-tu pour écrire ça ? », « Pourquoi ton histoire mériterait-elle d’être racontée ? » Alors j’écrivais. Puis j’hésitais. Je relisais. J’effaçais. Je recommençais.
Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que mon âge ne me donnait pas de légitimité pour écrire. Comme si mes mots n’étaient jamais assez justes, jamais assez beaux, jamais assez importants. Et pourtant, je prenais tant de plaisir. Parce que je pense qu’il y a des choses que je ne sais pas dire à voix haute. Des émotions qui restent bloquées quelque part entre le cœur et la gorge. Des pensées qui tournent en boucle jusqu’à ce qu’on leur donne une place. Alors ces chroniques sont devenues un refuge. Un endroit où déposer ce qui débordait. Mon journal intime. Écrire a été libérateur. Pas parce que les mots effacent les blessures. Mais ils permettent parfois de mieux les porter. Mettre des phrases sur ce que l’on ressent, c’est déjà reprendre un peu de pouvoir sur ce qui nous traverse.
Et au fil des chroniques, je me suis rendu compte que derrière beaucoup de mes mots, il y avait souvent la même personne. Ma petite sœur. Ewa. Parce qu’elle est mon repère quand tout vacille. Elle est ma raison d’avancer, de me battre au quotidien. On dit souvent qu’une grande sœur protège. J’ai longtemps cru que mon rôle se résumait à ça. Puis j’ai compris que l’amour ne va jamais dans un seul sens. Ewa est mon pilier autant que j’essaie d’être le sien. Sa force m’impressionne. Sa sensibilité aussi. Elle possède cette lumière discrète que rien ne semble pouvoir éteindre complètement. Et dans les moments où je doutais de moi, de mes choix ou même de mes mots, elle a souvent été une raison de continuer.
Peut-être que c’est aussi ça, le pouvoir des mots. Dire à quelqu’un qu’il compte. Lui rappeler sa force. Mettre de la lumière sur ce qui mérite d’être vu. Je pensais écrire pour moi. Et puis il y a eu vos messages. Vos confidences. Des personnes qui me disaient simplement : « Moi aussi. » Alors j’ai aussi compris que les mots ont ce pouvoir extraordinaire de créer du lien.
Aujourd’hui, le syndrome de l’imposteur est toujours là. Mais j’ai appris une chose : l’important n’est peut-être pas d’être légitime. L’important est d’être sincère. Au fond, les mots les plus puissants ne sont pas forcément les plus beaux. Ce sont souvent les plus vrais. Alors merci. À ceux qui m’ont lue. À ceux qui m’ont soutenue. Merci au 7 pour la confiance accordée. Ecrire m’a permis de respirer un peu mieux avec mes blessures. Aux piliers de ma vie, Papa, Ewa, Maxence. A ma plus belle étoile.