Dans un contexte plombé pour les entreprises artisanales du bâtiment, la Capeb 86 a réuni récemment trois députés pour leur dresser le tableau de la situation et réclamer leur soutien au Parlement.
Emmanuel Mesmin le dit sans ambages : « Nous sommes à un point de bascule. » Pour le président de la Capeb Vienne, la situation économique des entreprises artisanales du bâtiment nécessite des réponses fortes. « Les carnets de commandes tournent autour de
80 jours de travail. Les constructions neuves plombent le secteur. » Et même si le marché immobilier a retrouvé des couleurs et que les taux d’emprunt se sont stabilisés, « cela ne suffit clairement pas à faire évoluer l’activité des artisans ». Après une première manifestation symbolique devant la préfecture, le 17 décembre, la Capeb 86 a souhaité confronter les parlementaires à ces réalités.
Le 12 juin, au CFA des métiers du bâtiment, Lisa Belluco (Ecologiste et social), Sacha Houlié (Place publique) et Pascal Lecamp (MoDem) ont répondu au feu nourri des questions des artisans, acculés par la situation géopolitique internationale -des carburants plus chers- et un brin agacés par certaines décisions gouvernementales. A commencer par le « stop and go » sur MaPrimeRénov’, suspendue une première fois, puis relancée avec des règles du jeu différentes et une enveloppe en baisse.
« En un an, nous avons perdu
12 200 emplois, et 30 000 sur les trois dernières années, assure Emmanuel Mesmin. La priorité pour l’artisanat se décompose en trois points : stabilité, relance et visibilité. »
« Stop and go délétères »
Les artisans l’assurent, la relance est pourtant nécessaire, ne serait-ce que pour mieux isoler les logements et autres bâtiments. « Un habitant sur cinq vit dans un logement mal isolé, mal chauffé, qui l’oblige à des dépenses supplémentaires. 50% des ménages qui ont plus de 60 ans sont impactés », note Laurent Proust, administrateur de la Capeb et carreleur-plaquiste. « Les politiques de stop and go sont délétères, elles déstabilisent les entreprises et les ménages qui ne savent plus de combien ils vont pouvoir bénéficier », estime Sacha Houlié, député de la 2e circonscription de la Vienne qui déplore au-delà des investissements « largement revus à la baisse ».
« On a l’impression que la situation est faite pour inciter à ne pas recourir à l’aide, abonde sa collègue parlementaire de la 1re circonscription de la Vienne. C’est un problème. Je suis en pleine rénovation de maison et il m’a fallu six mois pour constituer le dossier MaPrimeRénov’. Je suis favorable à un système à l’anglo-saxonne basé sur la bonne foi et le contrôle a posteriori. »
Par-delà cette question, la prime aux travaux d’ampleur, au détriment de la rénovation par geste, est déplorée. « On a perdu presque 35% de bénéficiaires », assure la Capeb. Concernant le Diagnostic de performance énergétique, la confédération met par ailleurs en garde contre le tout-électrification, qui ne se traduit pas forcément par « une baisse des consommations voire un meilleur confort ».