Figure de la vie judiciaire et politique poitevine, Jacques Grandon s’est éteint à l’âge de 99 ans. Avocat pénaliste durant plus de sept décennies, ancien sénateur et conseiller général, il restera aussi comme l’un des hommes de confiance de René Monory, dont il fut le fidèle compagnon politique.
Une page de l’histoire politique et judiciaire de la Vienne se tourne. Jacques Grandon est décédé, laissant derrière lui le souvenir d’une personnalité singulière, à la fois homme de robe, élu local, écrivain et témoin privilégié de plusieurs décennies de la vie publique poitevine. Né le 9 mai 1927, à Saint Benoît, Jacques Grandon avait prêté serment comme avocat en novembre 1948. Une carrière exceptionnelle par sa longévité, qu’il aura menée presque jusqu'au bout de sa vie. Pénaliste réputé, il avait plaidé devant le tribunal correctionnel comme devant les cours d’assises et s’était forgé une solide réputation dans les grandes affaires criminelles de la région. Il fut également bâtonnier du barreau de Poitiers. Mais Jacques Grandon n’était pas seulement une figure du palais de justice. Il fut également un acteur important de la vie politique départementale. Pendant 43 ans, il siégea au conseil général de la Vienne. Il y occupa notamment les fonctions de premier vice-président et s’inscrivit dans le sillage de Pierre Abelin avant de devenir l’un des plus proches compagnons politiques de René Monory.
Dans l’ombre de René Monory
Entre les deux hommes, la relation dépassait largement le simple compagnonnage politique. Jacques Grandon fut longtemps présenté comme le « second » de René Monory, celui qui, dans l’ombre du puissant élu loudunais, contribuait à faire vivre et avancer les projets qui allaient transformer la Vienne. Lorsque René Monory, alors sénateur de la Vienne, entra au gouvernement en 1986, c’est Jacques Grandon qui lui succéda au Palais du Luxembourg. Il devint sénateur le 2 novembre 1986 et y siégea au sein du groupe de l’Union centriste jusqu’à sa démission en juillet 1988. Cette démission permit d’ailleurs à René Monory de retrouver son siège au Sénat après son passage au gouvernement. Une fidélité que Jacques Grandon n’a jamais reniée. Il consacrera d’ailleurs plusieurs ouvrages à cette histoire politique et à celui qui fut son compagnon de route, dont "René Monory : un homme, une œuvre", publié en 2003. Son travail constitue un témoignage précieux sur une époque où René Monory et son équipe entreprenaient de faire de la Vienne un laboratoire de modernité.
Un homme qui avait choisi la Vienne
Pour autant, Jacques Grandon n’a jamais cherché à devenir une figure nationale. Il aurait pu, au fil des responsabilités accumulées, prendre une autre dimension politique. Il préféra rester fidèle à son métier d’avocat et à son territoire. « L’éternel second » derrière René Monory, comme certains l’ont décrit, avait surtout fait le choix de la liberté et de la plaidoirie. À son cabinet comme au palais de justice, il demeurait d’abord un avocat. Au plus fort de son activité, il avait traité plusieurs milliers de dossiers et plaidé dans des affaires qui avaient largement dépassé les frontières de la Vienne. Cette passion pour son métier l’avait également conduit à écrire. "Les Grandes affaires criminelles de Poitiers", "Avocat, une passion" ou encore "Journal d’un avocat" témoignent de cette volonté de transmettre, mais aussi de raconter les hommes et les histoires rencontrés au cours d’une carrière hors du commun.
Une mémoire de la Vienne
Avec Jacques Grandon disparaît ainsi un témoin d’une rare longévité. Il aura connu une Vienne encore très rurale, accompagné ses transformations économiques et politiques et observé, aux côtés de René Monory, l’émergence de projets devenus emblématiques, au premier rang desquels le Futuroscope.
Il avait également cette qualité devenue rare chez les personnalités de sa génération : celle de raconter. Les souvenirs, les hommes, les procès, les joutes politiques, les anecdotes. Une mémoire vivante de la Vienne du XXᵉ siècle. Longtemps après avoir quitté les bancs du Sénat et les assemblées départementales, Jacques Grandon était demeuré une personnalité écoutée et respectée. En 2018 encore, ses confrères lui rendaient hommage au château de Dissay pour une longévité professionnelle exceptionnelle : il figurait alors parmi les plus anciens avocats de France encore en exercice.