Détourné de son utilisation première, le mortier d'artifice, ou chandelle romaine, s'est imposé comme l'arme improvisée des soirs de tension. Calvaire pour les riverains, menace pour les forces de l'ordre, et aussi péril pour ceux qui l'allument.

Pierre Bujeau

Le7.info

Un son presque sourd, puis l'éclat. Dans les quartiers des Couronneries, de Bel-Air ou des Trois-Cités, à Poitiers, ce bruit est devenu familier à mesure que les nuits se réchauffaient. À l'origine de ce vacarme : un tube en carton d'une trentaine de centimètres, conçu pour propulser des projectiles pyrotechniques vers le ciel lors des soirs de fêtes. Ces détonations appelé à tort 
« mortier », classé type F2, sont en réalité des chandelles romaines. Leur vente aux mineurs est légalement interdite, mais en pratique la barrière est mince. Sur TikTok, des modèles proposant jusqu'à 380 coups automatiques s'affichent à 45€, sans contrôle d'âge ni vérification d'aucune sorte. Commande passée, livraison assurée. « Il faut imaginer 120 décibels répétés, puisque chaque support contient plusieurs charges », explique Adrien Beaupoux, médiateur-coordinateur du Collectif Médiation Grand Poitiers aux Couronneries. Lui, qui sillonne le quartier au quotidien, connaît bien les utilisateurs. Il leur parle, tente de leur faire prendre conscience ce que leur distraction provoque autour d'eux. 
« Ils veulent s'amuser, c'est tout. Mais ils ne mesurent pas la gêne, ni le danger. » Il cite le cas d'un adolescent d'un autre quartier de la ville qui a perdu un doigt en allumant l’engin. 


Police municipale impuissante

Le problème ne se limite pas aux nuits trop bruyantes et aux poubelles débordantes du lendemain matin. Lorsque la chandelle romaine est placée à l'horizontale, elle cesse d'être un jouet festif pour devenir un projectile. Et c'est précisément ce détournement qui inquiète le plus les autorités locales. La puissance de projection devient dangereuse, et le risque de blessure à bout portant est réel. Selon Joël Jaquet, élu en charge de la Sécurité et de la Tranquillité publique à Poitiers, la police municipale est régulièrement prise pour cible. « Les jeunes utilisent ces mortiers à tir tendu sur les forces de l'ordre », 
déplore-t-il. Contrainte de se mettre à l'abri, elle doit alors solliciter la police nationale, qui peut recourir à des tirs de gaz lacrymogène, comme ce fut le cas le soir du 30 mai, après la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions. « Pour le moment, il n'y a pas eu de blessés recevant un tir tendu de mortier. Mais il faut rester très vigilant. » Face à la multiplication de ces incidents, le législateur semble vouloir hausser le ton. Un projet de loi baptisé 
« Riposte », en cours d'élaboration, prévoit de renforcer sensiblement la réponse pénale. Concrètement, un jeune interpellé en possession d'un mortier ou en faisant usage sur les forces de l'ordre encourrait jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000€ d'amende.

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