« Un exode urbain ? Plutôt une rupture de tendance »

Chef du service études et prospective de la Région, Olivier Bouba-Olga(*) a rendu publique une étude sur le lien entre inscriptions dans les écoles et dynamique immobilière. D’où il ressort que les grandes métropoles perdent de l’attractivité au profit de territoires plus ruraux.

Arnault Varanne

Le7.info

Comment avez-vous eu l’idée de corréler chiffres d’inscriptions scolaires et dynamiques immobilières ? 
« Tout le monde se pose la question sur les territoires... Est-ce vrai que les habitants quittent les métropoles pour aller dans les villes moyennes ? 
Il y a des discours parfois très affirmatifs. Mais on ne sait pas car les données sur les mobilités résidentielles ne sont pas disponibles. On peut avoir des achats/ventes de biens sans forcément que cela entraîne des déménagements. Les données sur les inscriptions scolaires dans le 1er degré étaient, elles, exploitables. »

Qu’en ressort-il exactement ?
« L’effet le plus notable, c’est que les choses bougent concernant ces inscriptions dans le 
1er degré, qui concernent par nature de jeunes couples. La démographie, d’une manière générale, entraîne une diminution du nombre d’enfants scolarisés. Mais il existe une vraie rupture entre l’avant et l’après-crise. Les territoires qui étaient en meilleure position, les métropoles, sont aujourd’hui plus récessifs que les communautés de communes. Paris, Grenoble, Clermont, Lyon, Nancy enregistrent par exemple des baisses supérieures à 2%. »

Une hausse des prix 
de l’immobilier ?

Est-ce qu’on peut pour autant parler d’un exode urbain ?
« Nous sommes en train d’approfondir nos recherches. Dans le détail, on s’aperçoit que les communautés de communes près des métropoles gagnent de nouveaux élèves, tout comme des territoires plus lointains mais touristiques, ce qui n’était pas le cas avant la crise. Est-ce parce que ces gens y avaient déjà une résidence secondaire ? Y font plus de télétravail ? C’est à analyser. Ce n’est pas une lame de fond mais bien une rupture de tendance. »

Quelles conséquences cette tendance pourrait-elle avoir sur les communautés de communes/d’agglos ?

« Inscrire un enfant dans une école, ce n’est pas rien. C’est donc un bénéfice pour tous les territoires en perte de vitesse démographique. Les élus peuvent s’en féliciter, même si l’arrivée de nouveaux habitants peut entraîner une demande de plus de services publics. Et, paradoxalement, cette tendance pourrait aussi entraîner une hausse des prix de l’immobilier, au détriment des habitants locaux. »

(*)Tribune à lire dans l’édition du Monde datée du 8 janvier et sur blogs.univ-poitiers.fr/o-bouba-olga. 


 

Poitiers et Châtellerault concernées ?
L’« exode urbain » profite-t-il à une ville comme Poitiers, dont les prix de l’immobilier ne cessent de grimper et les biens de fondre comme neige au soleil ? Les chiffres semblent valider la thèse. L’ex-capitale régionale résiste mieux à la baisse démographique que d’autres villes. Au 6 janvier 2020, 6 459 élèves étaient inscrits dans les écoles publiques, contre 6 389 un an plus tard et 6 260 au 4 janvier 2022. A l’échelle de Grand Poitiers, la baisse a été contenue à 0,2% entre 2016 et 2019 et s’élève à 1,6% entre 2020 et 2021. Et Grand Châtellerault ? « C’est un territoire plus récessif », répond Olivier Bouba-Olga, qui pointe la diminution du nombre d’inscrits à 2,8% entre 2019 et 2021 (environ 2 300 selon la Ville). L’économiste poitevin reconnaît cependant que la scolarisation des enfants ne dit pas tout : « Par définition, nous n’avons pas mesuré les données qui concernent les mouvements de personnes sans enfant. Il faudra plus tard croiser ces données avec celles des transactions immobilières. Ce n’est pas parce qu’on achète qu’on déménage forcément. »

 

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