RSE, chacun sa part du colibri

L’hôtel Alteora Futuroscope est le seul établissement de la Technopole labellisé AFAQ 26 000. Son directeur Bernard Maret est convaincu des avantages d’une prise en compte pleine et entière de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Claire Brugier

Le7.info

Quel sens donnez-vous 
à la RSE ?

« La RSE amène à se poser la question suivante : comment l’entreprise se comporte-t-elle vis-à-vis de toutes les parties prenantes, ses salariés, ses fournisseurs, ses clients, ses investisseurs, au niveau local... Elle s’articule autour de deux grands axes : le développement durable et le social. Et l’un ne va pas sans l’autre. Le premier est l’addition de tout ce que l’entreprise peut faire :
des panneaux solaires pour l’eau chaude, des pompes à chaleur, des véhicules électriques, produire moins de déchets… Pour le second, je crois qu’il faut sensibiliser les gens, pas seulement leur donner les moyens techniques. »

Comment emmener des salariés dans cette démarche ?

« Par la qualité de vie au travail. Lorsque l’on évoque la question du développement durable dans les entreprises, on entend contraintes. Et c’est une évidence, ce sont des contraintes. Mais ce n’est pas par intérêt financier que les salariés vont entrer dans une telle démarche. C’est parce qu’ils auront le sentiment de faire quelque chose qui a du sens, la chance de faire leur part du colibri(*). Sinon, on fait du greenwashing. »

N’y a-t-il pas 
une vraie tentation ?

« A vrai dire, le greenwashing ne me dérange pas, c’est une étape de transition, tout comme le développement du bio a permis que les industries agroalimentaires se « nettoient ». Parler du greenwashing peut être favorable à ceux qui font les choses bien. »

Selon vous, quels freins dissuadent encore les entreprises(**) de s’engager dans la RSE ?

« Il y a un minimum de coût financier bien sûr, mais je pense que le frein majeur, c’est que l’on est très mauvais dans le management en France. Et plus encore actuellement. Les chefs d’entreprise vivent une transition compliquée, ils sont préoccupés par des questions de personnel, de chiffre d’affaires… Il y a trop de pression sur eux. La clef est dans le principe de Peter : il faut placer les bonnes personnes aux bons postes. Or, dans les bilans, on trouve tout sauf le personnel, alors que la valeur d’un hôtel est précisément liée à son personnel. L’humain est au cœur de l’entreprise. »

La RSE est-elle devenue un argument de recrutement ?

« Nous n’avons pas de problème de personnel. On observe un vrai changement de société, il est important d’en prendre conscience et de s’intéresser aux gens avec lesquels vous allez travailler. Nos collaborateurs de demain, d’où vont-ils sortir ? De l’école. Il faut connaître ce qu’ils sont pour bien les intégrer. C’est pourquoi nous travaillons avec l’Education nationale, l’Ecole de la 2e chance… »

Et au niveau économique, quel est le poids de la RSE ?

« Aujourd’hui, lors d’un appel d’offres pour un séminaire, on nous demande : vous faites quoi en RSE ? C’est un critère de choix. Il y a cinq ans, nous étions peut-être précurseurs. Aujourd’hui, la RSE n’est plus extraordinaire, les entreprises n’ont plus le choix ! Mais il faut le temps que les choses se fassent. Ce qu’il y a de passionnant dans la RSE, c’est qu’elle pousse à aller toujours plus loin, elle se 
vit au quotidien, elle amène à toujours être curieux de ce qu’il va se passer. »

La Vienne compte deux entreprises à mission, 
Datacampus, à Chasseneuil, et Aigle, à Ingrandes. Ce statut est-il un objectif ?

« Je pense que c’est l’avenir mais nous n’en sommes pas là. Nous avons déjà travaillé sur la « raison d’être », franchir l’étape de l’entreprise à mission est le Graal ultime. »

(*)La Part du colibri : l’espèce humaine face à son devenir, de Pierre Rabhi.
(**)La RSE n’est pas obligatoire pour les TPE et PME.

À lire aussi ...