Aujourd'hui
Tous concernés
L'édito de la semaine est signé Arnault Varanne.
Est-ce la première fois que l'université atteint un tel niveau de fréquentation ?
« L’année dernière, nous étions déjà à 30 700, donc on gagne environ 200 étudiants à date. Nous sommes en constante augmentation. Il y a dix ans, l’université accueillait 22 000 étudiants… »
L’établissement n’est pas encore touché par les problématiques démographiques…
« Ce sera pour plus tard, vers 2030, je crois. Mais cette baisse à venir ne m’inquiète pas. Si le nombre d'étudiants diminue naturellement, cela nous donnera d’autant plus d'aisance pour les former dans de meilleures conditions. »
Quelle filière est-elle la plus concernée par la recrudescence du nombre d’étudiants ?
« Nous n'avons pas encore fait l'analyse formation par formation. Ce que l’on sait, c’est que nous avons créé des diplômes, comme la licence professorat des écoles qui concerne
140 jeunes sur quatre sites. Pour le reste, des filières telles que les licences accès santé, la psychologie, Staps ou droit restent attractives. J’aime à rappeler que l'université est une institution dans la ville. Le lien formation-recherche, que l'on porte avec beaucoup de rigueur, l'ouverture sur la cité, la qualité de notre vie étudiante sont des atouts d'attractivité pour notre université. »
Où en êtes-vous du bras de fer avec l’Etat sur le financement de votre budget ?
« Ce serait vous mentir que de dire que la situation budgétaire de l'établissement est sereine et saine. Notre budget 2025 a été en déficit pour la première fois, et ce pour des raisons qui ne sont pas liées à la gestion de l'établissement. Quand on a une prévision de budget qui fixe dépenses et recettes sur une année et que des mesures exogènes tombent dessus... Si je fais le calcul depuis ma première élection, en 2020, les charges supplémentaires non compensées représentent 15M€. L’année dernière, nous avons puisé dans nos réserves (5,4M€), mais une trésorerie n’est pas un puits sans fond. »
Comment compenser les baisses de dotation de l’Etat ?
« L’université mène des actions proportionnées pour maintenir l’équilibre, à la fois dans les dépenses et les recettes. Côté dépenses, on s’est fixé une baisse de 5% de notre budget de fonctionnement, en utilisant mieux les marchés publics, en maîtrisant le coût de nos dépenses énergétiques. Côté recettes, on met beaucoup l'accent sur l'accompagnement de nos chercheurs pour aller chercher des projets d'envergure européenne, avec notamment les masters Erasmus Mundus. »
Au printemps, la hausse des droits d’inscription des étudiants extracommunautaires a créé un tollé. Êtes-vous déjà affecté par le décret ?
« Nous sommes en période transitoire d'application du décret, mais je me suis ouvertement opposée à cette mesure car je crois qu'elle risque de nuire à l'attractivité des universités. Je trouve aussi dommage que l'accès au savoir relève désormais d'une question de moyens financiers. Nous avons créé une commission d’exonération qui se réunira toutes les semaines jusqu’à fin septembre. A ce stade, 400 jeunes ont été exonérés de ces droits supplémentaires. »
Comment la question de la santé mentale s'organise-t-elle à l'université de Poitiers ?
« C'est fondamental ! Beaucoup de jeunes sont en souffrance pour des tas de raisons, et on veut soigner le mal à la racine. L’université a été lauréate d'un label « Campus promoteur de santé ». Cela englobe toutes les facettes de la santé, des soins à la prévention. Ces actions contribuent au bien-être, à la santé mentale, à la réussite, à l'épanouissement personnel, à l'inclusion. La première action portera sur « Campus sans tabac. »
L’intelligence artificielle est un tsunami qui bouleverse toutes les organisations. Quelle stratégie mettez-vous en place ?
« Vous avez raison, c'est un tsunami, un sujet dont nous sommes obligés de nous emparer. On y travaille avec un maître-mot : la souveraineté numérique. Il y a un mouvement national autour de Mistral, piloté par le Coreale (Comité numérique pour la réussite étudiante et l’agilité des établissements), auquel l’université adhère. Au sein de l'établissement, nous travaillons sur l’élaboration d’une charte d’usage. Un groupe de travail a déjà produit des éléments. Soyons clairs, l’université, en tant qu’institution, n'achètera pas de licences ChatGPT ou Claude ! »
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