Présentée comme le bras armé de la rénovation énergétique dans l’habitat, MaPrimeRénov’ n’en finit plus de toussoter. Un nouveau tour de vis gouvernemental, matérialisé par une réduction drastique du nombre de travaux éligibles au dispositif, est venu aggraver le mal début septembre.
Tel un plat revisité à l’extrême et qui aurait perdu toutes ses saveurs originelles, MaPrimeRénov’ ne fait plus recette. L’essoufflement ne date pas d’hier. Il est le résultat d’une accumulation de facteurs administratifs, budgétaires et réglementaires qui ont fini par décourager nombre de ménages et de professionnels du bâtiment de lui faire confiance. C’est peu dire que le dispositif a subi de fortes turbulences financières ces derniers mois. Restrictions budgétaires, saturations de crédits et suspensions successives ont fini par détourner de leurs premières ambitions les particuliers pourtant sensibilisés à la nécessité d’une rénovation énergétique de leur logement. L’incertitude sur la disponibilité des fonds et la pérennité des règles a semé le doute dans les esprits, jusqu’à faire déferler une vague de renoncements, au mieux de reports, sur le marché de la rénovation énergétique.
Les travaux isolés non éligibles
Au cours du seul premier trimestre 2026, les demandes de MaPrimeRénov’ ont ainsi été divisées par quatre, le vote tardif du budget de l’Etat ayant déjà entraîné la suspension totale de nouveaux dossiers au 1er janvier. Bien que levé à la fin février, après la promulgation de la loi de Finances, cet arrêt prolongé a gelé des dizaines de milliers de projets et découragé les propriétaires les plus hésitants de se lancer dans des chantiers d’envergure sans garantie de versement.
Nouveau coup de semonce en cours d’année : les barèmes de subventions ont été fortement revus à la baisse pour les rénovations d’ampleur, chantiers d’envergure dits « parcours accompagnés ». Le plafond maximal d’aide pour les ménages très modestes est par exemple passé de 63 000€ à 32 000€, alourdissant le reste à charge de manière considérable. Et voilà qu’en septembre, l’Etat s’est mis en tête d’appuyer fort là où ça fait mal, en annonçant la suppression de certains travaux jusque-là éligibles au dispositif. En l’occurrence les travaux réalisés de manière isolée -c’est ce qu’on appelle la « rénovation par gestes »- et non dans le cadre d’une rénovation globale, elle-même désormais seule bénéficiaire de l’aide. Depuis un mois, vous ne pouvez donc plus profiter des faveurs de MaPrimeRénov’ pour l’installation isolée d’un poêle à bois ou à granulés, d’un chauffe-eau ou d’un chauffage solaire, de systèmes de ventilation et d’une pompe à chaleur pour la production d’eau chaude sanitaire. Même sanction pour le remplacement des fenêtres et l’isolation des toits et des combles. Seuls les travaux isolés d’installation de pompes à chaleur pour chauffer le logement, de raccordement à un réseau de production de chaleur ou de froid et de dépose d’une cuve à fioul demeurent éligibles. Enfin, il est désormais impossible d’obtenir l’aide « rénovation d’ampleur » si le logement conserve une chaudière au gaz ou au fioul après les travaux.
Le financement public recentré sur la rénovation globale ? « C’est la prime aux grosses dépenses et aux gros revenus », s’insurgent les professionnels du bâtiment. Cette « prime »-là n’a assurément pas fini de faire parler d’elle.