Le marché du jeu se porte bien

Toujours plus nombreux et variés sur le marché, les jeux de société ne se sont jamais aussi bien vendus. Les boutiques spécialisées de Poitiers et l’éditeur Libellud témoignent de cette étonnante croissance.

Steve Henot

Le7.info

Un nouveau visage vient de s’installer au comptoir du Dé à Trois Faces, la boutique de jeux de la rue Edouard-Grimaux à Poitiers. Fin mai, après vingt-sept ans de gérance, les époux Grabski ont passé la main à Simon Foucaut. Venu de Nantes, le jeune homme de 26 ans a rapidement découvert « une ville qui respire le jeu de société » et où le marché semble bien se porter, malgré tout.

« On est impacté par le malaise des centres-villes, mais on a une clientèle fidèle », précise Benoît Delsuc, gérant d’Excalibur, une autre enseigne spécialisée. « Au niveau du jeu, Poitiers sort du lot. Il y a une douzaine d’associations, pas mal d’animations et c’est aussi une ville étudiante », ajoute Benjamin Leveiller, au Labo de Merlin.

Et puis, surtout, il y a Libellud. Fondé en 2008, l’éditeur de jeux de société basé à Poitiers incarne la bonne santé du marché. « Nous n’avons pas cessé de constater une progression de nos ventes, témoigne Léa Moinet, chargée de communication. Cela a eu un impact sur notre structure, nous sommes passés de huit salariés en 2015 à dix-huit aujourd’hui. »

1 200 sorties par an

Selon les chiffres de la société d’études de marchés NPD Group, les jeux de société ont passé pour la première fois la barre des 400M€ en France, en 2017, avec une croissance régulière de 7% des ventes ces dernières années. « C’est le plus gros marché en Europe », précise Simon Foucaut.

Au fil des années, les sorties se sont multipliées à un rythme élevé. Trop même, juge Benoît Delsuc. « Avec près de 1 200 sorties par an, le marché est inondé. C’est impossible de tout tester. » De facto, la concurrence est forte entre les éditeurs de jeux. Pour Libellud, qui s’en tient à une nouvelle sortie par an, « c’est plus difficile pour avoir la bonne idée, le bon concept ».

« Il n’y aurait pas autant de jeux s’il n’y avait pas autant de joueurs », estime Simon Foucaut. Léa Moinet voit dans cette demande « un besoin de se retrouver ensemble autour d’une activité, comme le montre le développement des escape game ». Mais joue-t-on vraiment plus qu’avant ? Cela ne fait aucun doute pour les acteurs du marché. Les jeux courts et coopératifs type « escape » sont les plus prisés aujourd’hui, des petits comme des plus grands. « Ça change des parties de Monopoly ou de Cluedo qui pouvaient durer trois heures. » Surtout, ils résistent à l’essor des jeux vidéo. « Les deux peuvent coexister, assure Léa Moinet. Parfois, des passerelles existent et l’on tend de plus en plus vers le numérique. »

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