Aujourd'hui
C’est une réalité que les chiffres ne peuvent plus ignorer. Le travail dissimulé est en nette recrudescence, à l’échelle nationale comme locale. Dans son bilan annuel, l’Urssaf Poitou-Charentes confirme une accélération marquée de la lutte contre cette fraude, et des résultats qui frappent : plus de 13M€ de cotisations redressées en 2025, soit près du double de l’année précédente dans l’ex-Poitou-Charentes. Thierry de Laburthe tempère toutefois cette lecture. « En réalité, la fraude n’a pas forcément augmenté en elle-même. Ce sont surtout nos moyens et nos méthodes qui se sont améliorés », explique le directeur régional. Dans le détail, vingt et un contrôles ciblés ont permis à eux seuls de récupérer 2,2M€ dans la Vienne. Parmi les secteurs d’activité, le bâtiment est particulièrement exposé à ces pratiques. « Les fraudeurs sont de plus en plus nombreux et de plus en plus méticuleux, observe Carine Courtaudière, secrétaire générale de la Fédération française du bâtiment. On a vraiment besoin des services d’inspection pour contrôler l’activité du lundi au dimanche. »
La fraude, elle, ne connaît pas de week-end. Dans le bâtiment notamment, elle prospère souvent en dehors des horaires classiques, lorsque les contrôles se font plus rares. Ainsi, jeudi 26 mars, un patron d’une entreprise de maçonnerie basée à Poitiers a été condamné pour travail dissimulé à un an de prison ferme, une interdiction de gérer une société pendant cinq ans et au remboursement de 230 618€ de cotisations, après avoir versé à ses salariés des salaires plus élevés que ceux déclarés à l’Urssaf, créant un écart d’environ 80 000€. Mais au-delà de son rôle coercitif, l’Urssaf agit aussi comme une garante de l’équité économique. « Même lorsque les montants ne sont pas intégralement recouvrés, l’essentiel est atteint : on met fin à la fraude », explique Anne Stanghellini, directrice du contrôle. Car l’enjeu est de taille. Les charges sociales représentant une part importante du coût du travail, leur contournement permet de casser les prix et de fausser la concurrence dans bien des cas.
Pour faire respecter la loi, l’Urssaf s’appuie sur deux leviers distincts. D’abord, les contrôles de prévention, menés de manière aléatoire sur le terrain, sans suspicion préalable. Ensuite, les contrôles ciblés, déclenchés à partir d’indices précis donnés par des partenaires tels que les douanes, la police et les services fiscaux. Les inspecteurs croisent de multiples données économiques, bancaires, énergétiques afin de détecter des incohérences. Ce travail d’investigation permet d’identifier des situations suspectes, voire des réseaux organisés. Une fois la fraude établie, un redressement est engagé et un procès-verbal est systématiquement transmis au parquet. « Le travail dissimulé est souvent associé à d’autres enjeux majeurs, notamment le blanchiment. » Face à ce phénomène, les moyens se renforcent avec l’intégration d’un inspecteur supplémentaire, le huitième dans l’ex-Poitou-Charentes, dédié à la lutte contre le travail dissimulé. Côté technologique, l’Urssaf s’appuie sur de nouveaux outils capables d’analyser de vastes volumes de données et d’affiner le ciblage des entreprises à risque. Mais pas question de s’en remettre uniquement aux algorithmes. « La machine permet de dessiner une silhouette, mais elle ne met ni les formes ni la couleur. » Quand les moyens publics et les effectifs se contractent ailleurs, ceux consacrés à la lutte contre la fraude, eux, progressent. Un choix politique qui ne doit rien au hasard.
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