« Surcyclage » ou l’oubli sublimé

Au 118, rue du Faubourg-du-Pont-Neuf à Poitiers, dans le showroom du tapissier Stephan Hamache, le peintre Bernard Matignon expose une vingtaine de toiles ayant pour thème « Surcyclage ». Une rencontre autour du réemploi entre l’art et l’artisanat.

Le7.info

Le7.info

Surcyclage. Ce terme, plus connu dans sa version anglaise upcycling, consiste à prolonger la vie des objets ou des matériaux, non en les recyclant à l’identique, mais en les réinventant, en les hybridant. Courante en matière d’objets, cette pratique est plus rare en peinture. C’est ce qui rend si singulière l’exposition de Bernard Matignon, visible jusqu’au 22 mai dans le showroom du tapissier poitevin Stephan Hamache, réconciliant avec malice le passé et le présent.

Chaque toile exposée a pour support une œuvre tombée dans l’oubli, anonyme ou signée d’un peintre mineur. Chinées chez des brocanteurs, des antiquaires, à Emmaüs ou dénichées au fond d’une armoire familiale, ces toiles abîmées et défraîchies sont d’abord restaurées par Bernard Matignon avant qu’il n’y applique sa signature contemporaine : des lignes graphiques, des motifs au pochoir, des rectangles de couleur… pour créer un dialogue entre les deux approches artistiques que tout semblait opposer.

Peindre sur les tableaux des autres

Le choix des tableaux n'est pas anodin. « Il faut qu’ils soient suffisamment bien peints pour donner envie de travailler dessus, mais pas trop non plus, au risque de les saccager, précise l’artiste. Par cette approche, je leur redonne vie sans trahir l’œuvre originale. » C'est ce fil conducteur qui a rapproché le peintre du tapissier Stephan Hamache, dont le projet « Fibr ! » (Le 7 n°705) repose sur la même logique. A partir de mousses, de chutes de tissu et de bois voués à la benne ou à l'incinération, il crée des pièces de mobilier uniques. L'exposition trouve ainsi dans son showroom un écrin cohérent : les tableaux « surcyclés » côtoient les fauteuils, bancs et tables de ce dernier.

Avec cette exposition, Bernard Matignon dévoile un peu plus sa pratique artistique qui, depuis quarante ans, revisite les codes de l'art contemporain avec ironie et un goût prononcé pour les couleurs vives. En ayant recours à des pochoirs, des coulures ou encore des mots peints empruntés à la littérature, il revendique une façon de créer sans exposer de gestes trop personnels. Peindre sur les tableaux des autres prolonge cette démarche. « Je suis un peu en retrait par rapport au tableau original », sourit-il. Vous pouvez découvrir d’autres œuvres de Bernard Matignon lors du Chemin des Ateliers qui aura lieu du 29 au 31 mai. Le Chemin des Ateliers est un collectif d’artistes poitevins qui ouvrent leurs ateliers au public le temps d’un week-end.

À lire aussi ...