Aujourd'hui
Romane a 20 ans, mais la jeune Poitevine a commencé à faire du baby-sitting chez les voisins de ses parents à 14 ans. « Ce n’était pas très régulier, mais cela me permettait de gagner un peu d’argent de poche à l’époque. » L’étudiante en droit a grandi, passé le Bafa avant de consacrer une partie de ses vacances scolaires à encadrer des groupes dans un centre de loisirs. « Franchement, j’en garde un bon souvenir, même si c’était parfois un peu dur de concilier les cours et le travail… » Melyssa, elle, a passé son diplôme d’animatrice à 16 ans avant d’embrayer sur un job à la MJC Horizon Sud, à Châtellerault. « J’ai travaillé toute l’année de terminale, les mercredis et pendant les vacances scolaires. J’ai toujours eu envie de m’occuper des enfants », confie l’ancienne élève de Berthelot, à Châtellerault, peu encline à faire des études supérieures. « Ce qui m’a motivée, c’est de gagner suffisamment d’argent pour passer le permis. Et je l’ai eu ! »
Comme Romane et Meyissa, un quart des lycéens travailleraient sous différentes formes pendant l’année scolaire et cette proportion grimperait même à un tiers en lycée professionnel, selon l’étude rendue publique en mars dernier par le Centre national de la recherche scientifique(*) et le Centre d’études et de recherches sur les qualifications. « Ce travail lycéen comprend toutes formes d’activités (hors jobs d’été, ndlr) que les élèves peuvent effectuer contre une rétribution monétaire ou sous la forme de services rendus, pendant l’année scolaire », décrypte Thierry Berthet, directeur de recherche en science politique au CNRS. Des activités légales (baby-sitting, pet-sitting…), informelles ou illégales (prostitution, trafic) exercées « par nécessité familiale ou parce que les élèves veulent gagner en autonomie », appuie le chercheur.
Ce travail des lycéens, un sujet passé sous les radars ? « Dans tous les établissements où nous sommes passés, les proviseurs, les personnels de la vie scolaire et les enseignants découvrent que leurs élèves travaillent dans une proportion aussi importante », ajoute le chercheur. L’incidence sur les résultats scolaires, liée à la fatigue ou à un absentéisme plus important, peut pourtant se révéler majeure. « Je ne suis pas étonné, observe Bouziane Fourka, trésorier de la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves) de la Vienne. Parfois, on découvre que des élèves travaillent lors de conseils de disciplines ou de moments d’orientation. Cela n’est pas à négliger car il y a des impacts. » Les auteurs de cette enquête inédite -la dernière remontait aux années 90- appellent à « mettre à l’agenda éducatif ce phénomène ».
(*)Enquête menée dans trois régions : Provence-Alpes-Côte d’Azur, Nouvelle-Aquitaine et La Réunion. 15 000 élèves issus de 110 établissements des filières générales, technologiques et professionnelles ont répondu à un questionnaire. L’étude comprend aussi des entretiens approfondis avec 230 élèves et 120 personnels éducatifs.
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