Les lutins vont bon train

Depuis le 6 novembre, le secrétariat du Père Noël est en ébullition. Dans leur antre ultrasécurisée, les lutins répondent à toutes les lettres envoyées par les enfants sages. Le compte à rebours est lancé.

Florie Doublet

Le7.info

Libourne, jeudi 13 décembre. Les pieds de vigne se succèdent à perte de vue. Le Père Noël est un épicurien. Qui en aurait douté ? Il a installé son secrétariat au coeur de l’appellation Saint-Émilion. A l’entrée, un immense sapin décoré d’étoiles cache une large grille inquiétante. Le gardien veille, les caméras de sécurité quadrillent le secteur.
Impossible de pénétrer dans ce centre de tri de La Poste sans montrer patte blanche. Et il y a de quoi. Ici, sont réunis les seuls agents autorisés à ouvrir le courrier qui ne leur est pas adressé (lire ci-dessous). La porte s’ouvre sur une salle lumineuse, où une vingtaine de personnes (en majorité des femmes) s’attellent à la tâche. « On nous appelle les lutins du Père Noël », indique Martine Thomas, responsable du plus célèbre secrétariat du monde. Leur mission est très sérieuse.
Depuis le 6 novembre, elles collectent les listes de cadeaux envoyées par les enfants sages de 126 pays. En 2011, ce service original a réceptionné 1,4 million de lettres, 185 000 courriels adressés au Père Noël et quelques offrandes : poupées, petites voitures, scoubidou…
Certains bambins se délestent même de leur tétine pour montrer qu’ils ont grandi. Hugo a prêté sa hotte au Père Noël. En cas de besoin. « Tous les ans, on reçoit des carottes pour les rennes et des chocolats pour les lutins », plaisante Martine. Le phénomène a pris tellement d’ampleur, depuis l’ouverture du secrétariat, en 1962, que les réponses sont désormais standardisées. Mais que tout le monde se rassure, les lettres sont transmises dans les temps.

Maman travaille pour le Père Noël
Bien que le compte à rebours soit lancé, la bonne humeur règne : « Si mon téléphone portable sonne pendant les heures de travail ou que je fais tomber un élément du décor, je dois confectionner un gâteau pour le lendemain », raconte Delphine, l’un des lutins.
« C’est une sorte de gage », poursuit sa collègue Michèle, qui confie, l’air facétieux, avoir déjà « appelé une collègue en cachette pour qu’elle se fasse attraper ». C’est l’esprit de Noël.
Hier, mercredi, c’était le jour des enfants au secrétariat du gros bonhomme. Muriel, autre lutin fidèle, a invité sa fille de 8 ans : « J’ai pu lui prouver que je travaillais bien pour le Père Noël, se souvient-elle, les yeux rouges d’émotion. Elle a vu toutes les lettres. C’était du concret. Autant dire que toutes ses copines sont au courant. » Muriel, qui a évidemment acheminé la lettre de sa descendance, n’a pas peur des réclamations au pied du sapin. « Sa liste faisait deux pages, je lui ai expliqué que le Père Noël devait faire des choix ! »
 

L'antre des courriers perdus

Toutes les lettres que les facteurs n’ont pas pu distribuer, faute de destinataires, finissent à Libourne. En chiffres, cela représente 300 000 correspondances sur 275 millions de colis acheminés, chaque année, par La Poste. 60% retournent dans le circuit après une enquête, qui amène souvent les agents à ouvrir les courriers. Le solde est conservé durant six mois. Ensuite, les objets perdus sont vendus aux enchères, à Nantes. Sauf les jouets cédés à bon prix pour Noël.

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