Dominique Breillat : « Il y a un brouillage total »

Le politologue poitevin Dominique Breillat estime que le scrutin des 22 et 29 mars constituera un révélateur pour la classe politique. Il s’attend à une forte abstention et un Front National jouant les trouble-fête.

Arnault Varanne

Le7.info

La campagne des Départementales se passe dans un relatif anonymat. A quel taux d’abstention faut-il s’attendre ?
« Le taux d’abstention devrait être élevé pour diverses raisons. Il existe un certain brouillard concernant ces élections. Les gens ne savent plus à quel canton ils appartiennent, notamment en milieu urbain. A titre personnel, j’ai reçu des documents électoraux de candidats de deux cantons différents. En milieu rural, la proximité disparaît aussi un peu, du fait de la taille des nouveaux territoires. Bref, si on atteint 50% de participation, ce sera heureux ! »

Etes-vous d’accord avec les instituts de sondage, qui placent le FN en tête des intentions de vote. A votre avis, sera-ce le cas dans la Vienne ?
« La grande différence avec les scrutins précédents, c’est que le FN est présent dans tous les cantons. Ce parti peut donc donner une vraie dimension nationale à sa campagne. Je pense tout de même que, compte tenu de la participation, il y aura un nombre faible de triangulaires. Des élus frontistes dans l’assemblée ? Ce sera difficile, mais tout dépendra du comportement des électeurs du PS et de la droite associée au centre. Ce que je peux dire, c’est que le vote FN a changé de nature. Avant, il y avait une sorte de tabou, que les gens n’ont plus. Et l’ancrage urbain du FN s’est déplacé sur le terrain rural. On l’a vu lors des Municipales et des Législatives. »

La gauche en « situation défavorable »

Que peut espérer la gauche de ce scrutin, alors qu’elle part divisée ?
« La force de la majorité départementale est de ne pas apparaître divisée, contrairement à la gauche. La présence d’un grand nombre de candidats Front de Gauche réduit la possibilité, pour les candidats de l’actuelle opposition, d’être au second tour. C’est évidemment une situation très défavorable. »

Redécoupage des cantons, loi NOTRe, parité dans les hémicycles, changement de compétences… Toutes ces réformes, amorcées par un gouvernement socialiste, ne risquent-elles pas de nuire à la gauche ?
« Ce sont des éléments qui contribuent au brouillage vis-à-vis des électeurs. Par expérience, lorsqu’un parti politique essaie de modifier les règles du jeu en matière électorale, cela lui est défavorable. Après, l’assemblée départementale comportera beaucoup de novices, qui auront besoin de temps pour s’installer. Cela donnera sans aucun doute un pouvoir important aux conseillers sortants voire à l’administration. C’est un aspect à ne pas négliger. »

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