Les "super-bactéries" sous surveillance

Les bactéries résistantes aux antibiotiques sont bien connues dans les hôpitaux. Le problème, c’est qu’elles prolifèrent désormais dans notre environnement direct. De quoi susciter la curiosité de chercheurs poitevins.

Romain Mudrak

Le7.info

Elles sont tout autour de nous… Et même en nous, à vrai dire ! Les bactéries et les humains vivent en symbiose depuis toujours. Mais à l’occasion, certaines deviennent pathogènes et provoquent des troubles plus ou moins graves. Depuis les années 1940 et la découverte de la pénicilline, la recherche a progressé. Les antibiotiques se sont multipliés et les infections ont fait de moins en moins de victimes. On croyait le problème réglé. Et c’est vrai que ce succès a fait gagner au moins vingt ans d’espérance de vie à l’humanité. Le souci, c’est qu’à force d’abuser de ces armes de destruction massive (lire encadré), les bactéries ont développé des capacités de résistance efficaces pour survivre. A commencer par la pensionnaire la plus répandue de notre intestin : E. Coli.

Voilà pour le cours de biologie… Le phénomène prend une ampleur inquiétante. De surcroît, l’industrie pharmaceutique s’est aujourd’hui totalement détournée de la recherche d’antibiotique. « Pendant longtemps, cette question bien connue des hôpitaux se limitait à quelques patients dans les services de soins intensifs. Maintenant, ces patients portent en eux les bactéries multi-résistantes quand ils arrivent aux urgences », assure Christophe Burucoa, bactériologiste au CHU de Poitiers.

Antibiotiques dans la Vienne
Le clavier d’un distributeur automatique de banque, le siège d’un autobus, des pièces de monnaie… Les « super-bactéries » sont susceptibles de se cacher dans tous les endroits publics, car le meilleur vecteur reste… la main. La nature n’est pas épargnée. Encore une fois. Une équipe de l’Institut de chimie des milieux et matériaux de Poitiers (IC2MP) a mis en évidence la présence d’antibiotiques et donc des mutantes associées dans la Vienne, la rivière, notamment à la sortie des stations d’épuration. « Dans un premier temps, notre objectif va consister à cartographier la présence de bactéries résistantes et à effectuer une veille. On ne connaît pas l’évolution de cette présence parce qu’il existe très peu de données sur le sujet », souligne Jérôme Labanowski, et Leslie Mondamert chercheurs de l’équipe « Eaux et sols ».

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les maladies infectieuses tueront dix millions de personnes par an en 2050, faute d’antibiotiques capables de détruire les « super-bactéries ». Et pourtant, un geste simple pourrait permettre de renverser tous les pronostics : se laver les mains plusieurs fois par jour. A bon entendeur.

Les antibiotiques, pas automatiques !
Comment expliquer l’affluence de « super-bactéries » ? D’abord, il faut se tourner vers d’autres continents, dont l’Asie. Population hyper-concentrée, mauvaise hygiène et usage non raisonnée des antibiotiques favorisent leur développement. Et comme les gens voyagent et commercent de plus en plus, ils les diffusent dans le monde entier. Ce n’est pas tout ! Il y a aussi les antibiotiques d’élevage qu’on engloutit à notre insu dans les viandes. Ou encore les prescriptions médicales inutiles pour des maladies virales. Rappelons-le, « les antibiotiques, c’est pas automatique ! »

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