La voix du succès

Sarah Vaysset. 44 ans. Ancienne chanteuse lyrique professionnelle. Déléguée académique à l’action culturelle du rectorat de Poitiers. L’école lui a offert une voie royale pour vivre de sa passion. Aujourd’hui, elle rend la pareille.

Florie Doublet

Le7.info

Son bonheur se lit sur son visage. À 44 ans, Sarah Vaysset vient d’épouser Mathieu, l’homme qui partage sa vie depuis seize belles années. « Notre amour a eu le temps de se consolider et de s’épanouir, dévoile-t-elle. Et puis, nos deux enfants de 6 et 10 ans étaient déjà la preuve de notre engagement l’un envers l’autre. S’unir devenait une évidence. »

Cette jolie histoire a démarré en 2001, à quelques kilomètres de Poitiers, sur le site gallo-romain de Sanxay. Sarah était alors une jeune soprano en pleine ascension. « Christophe Blugeon, directeur artistique des Soirées lyriques de Sanxay, recherchait une chanteuse pour interpréter le rôle de Frasquita dans l’opéra Carmen, raconte-t-elle. Il a contacté la cheffe de chant (la coach, ndlr) de La Callas, qui m’a recommandée ! » Et c’est là, au fin fond de la Vienne, que cette Parisienne dans l’âme a rencontré son futur époux, Mathieu, président du festival. « Huit mois plus tard, je quittais la capitale pour m’installer à Vivonne. Il fallait vraiment le vouloir ! » Chaque été ou presque, la chanteuse lyrique est revenue sur la scène de Sanxay. « Je vis une histoire d’amour avec ce festival à plus d’un titre », sourit-elle.

Le goût de la transmission

Jusqu’où son talent l’aurait menée, si elle n’avait pas mis un terme à sa carrière professionnelle ? La question restera à jamais sans réponse. Pour autant, la mère de famille ne regrette rien. « J’ai vécu des choses très fortes et passionnantes en tant que chanteuse, assure-t-elle. Mais la transmission de ma passion au jeune public a toujours été très importante pour moi. Je m’épanouis pleinement dans mes nouvelles missions auprès des scolaires. »

Une préoccupation qui ne doit rien au hasard. Déjà enfant, Sarah baignait dans la musique. Son père dentiste et sa mère assistante sociale jouaient du piano en amateurs. La petite fille était une élève appliquée et discrète. Très discrète. Sa grande timidité ne la poussait pas à participer au spectacle de fin d’année de l’école. « Je voulais plutôt me cacher. » Et pourtant, parmi les soixante gamins alignés sur scène, c’est la voix de Sarah que les professeurs ont repéré. « Et voilà comment je me suis retrouvée à chanter mon premier solo, à 12 ans, raconte-telle. J’étais terrifiée et à la fois enchantée d’avoir trouvé ma voix... Et ma voie. »

Sa licence de droit en poche -« Je gardais les pieds sur terre et voulais un diplôme « sérieux » »-, Sarah est entrée au conservatoire national, puis à l’école de l’opéra de Paris. La voie royale pour une carrière d’exception.

Mélisande à Damas

La chanteuse a voyagé partout en France et à l’étranger. Pamina, Juliette, Felice, Norina, Etamine… Elle a endossé les rôles majeurs des plus beaux opéras. « J’ai chanté à la Scala de Milan. Cela restera à jamais un événement marquant, mais je n’ai jamais eu pour ambition de faire les plus grosses scènes du monde entier. J’ai pris autant de plaisir à me produire dans de petits théâtres de province. » En 2005, elle s’est même envolée pour la Syrie. Elle a interprété Mélisande, l’héroïne du drame lyrique de Debussy « Pelléas et Mélisande », en plein cœur de Damas. Un souvenir « fabuleux et impérissable ». « Je sais que je ne pourrais plus le faire aujourd’hui… », souffle-t-elle.

Evidemment, sa passion pour le chant est restée intacte. Mais désormais, Sarah œuvre en coulisses. Cette année, elle mène un projet éducatif mêlant danse hip-hop et art lyrique auprès des jeunes élèves de l’académie. « Nous travaillons sur La Flûte enchantée de Mozart, l’opéra qui sera donné cet été à Sanxay, explique-t-elle. Et quand j’entends les enfants chanter l’air de La Reine de la Nuit dans la cour de récréation, je me dis que mon travail porte ses fruits. Je dois tellement à l’école… » Aujourd’hui, la boucle est bouclée. 

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