Le Regard de la semaine est signé Ferdaws Choukchou.
Dernièrement, j’ai reçu la photo d'une carte que j’avais envoyée, il y a bien longtemps, à ma cousine qui vivait au pays de l’Oncle Sam. Cette image a eu sur moi l’effet d’une madeleine de Proust. En un instant, elle m’a replongée dans les années 90, à cette époque où le courrier et les cartes postales avaient encore ce charme que le temps n’a pas réussi à effacer. Une époque où l’on guettait le facteur avec impatience, bien différente des notifications qui s’affichent aujourd’hui sur nos téléphones.
Je me suis alors souvenue de l’émotion que je ressentais lorsque je recevais ses cartes, reconnaissables entre toutes grâce à leur bandeau bleu et rouge. Elles avaient traversé l’Atlantique pour arriver jusqu’à moi, et ce simple voyage leur donnait déjà une valeur particulière. Elles semblaient porter en elles un peu de distance, un peu de mystère, et beaucoup d’affection. À mon tour, je lui écrivais des lettres que je parfumais parfois, comme pour y glisser un peu plus de moi-même. Je lui racontais mon quotidien, l’école, les petits changements à la maison, l’achat d’une nouvelle bibliothèque… Des détails qui pouvaient sembler anodins, mais qui, finalement, racontaient la vie telle qu’elle était.
En revoyant cette carte, une question toute simple m’est venue : pourquoi avons-nous abandonné cette belle habitude ? En 2026, tout va plus vite. Les messages partent en quelques secondes, les photos s’échangent instantanément, les nouvelles circulent sans attendre. C’est pratique, bien sûr. C’est même devenu indispensable. Mais cela n’a pas la même saveur. Un message numérique apparaît, se lit, puis se noie presque aussitôt dans le flux continu des conversations. Une carte, elle, résiste au temps. On la tient entre ses mains, on la relit, on la glisse dans un tiroir, une boîte, entre les pages d’un livre. Elle reste. Elle devient un objet de mémoire, un petit trésor silencieux du quotidien.
Ce que j’aime dans une carte, c’est la sincérité qu’elle contient. Elle demande du temps, une intention, une attention particulière. On ne l’écrit pas à la va-vite. On choisit ses mots. On pense à l’autre. Et cela change tout. Les phrases y paraissent plus vraies, plus profondes, comme si le temps pris pour écrire donnait davantage de poids aux sentiments.
À Noël, d’ailleurs, je reçois chaque année une carte de ma sœur. Et, pour être honnête, elle me touche souvent plus que le cadeau lui-même. Il y a toujours quelques mots tendres, une pointe d’humour, une phrase qui fait sourire et qui reste. Ce sont de petites choses, presque rien en apparence, mais ce sont souvent elles qui laissent les plus grandes traces.
Alors, si nous reprenions cette habitude ? Écrire une carte, penser à quelqu’un, prendre quelques minutes pour coucher des mots sur le papier, puis la glisser dans une enveloppe. Le geste peut sembler simple et, pourtant, il a aujourd’hui quelque chose de rare, donc de précieux. Dans un monde où tout s’accélère, recevoir une carte, c’est recevoir un peu de temps, un peu d’attention, un peu d’amour. Et cela, finalement, n’a rien perdu de sa magie.
CV express
A 16 ans, j’ai intégré l’université en pensant suivre les traces de mon père en chimie, mais ce n’était pas ma voie. Après un passage par le génie civil puis des études en kinésithérapie, j’ai vécu une belle parenthèse consacrée à la maternité avec mes jumelles et mon petit garçon, nés à dix-sept mois d’écart. En 2017, avec mon conjoint, nous avons créé Medicalife à Poitiers, une entreprise spécialisée dans le matériel médical et orthopédique.
J’aime : les samedis soir avec mon mari et mes enfants, à rire devant la série Malcolm en dégustant nos pizzas maison, la Méditerranée et ses couchers de soleil, voyager pour découvrir de nouvelles cultures, créer des projets qui ont du sens et partager des moments simples avec ceux que j’aime.
J’aime pas : les turbulences en avion, le sucré-salé et les sports de combat.