À l’approche du changement d’heure, dimanche, Jacqueline Dudognon s’apprête à vivre son rituel annuel. Entourée de sa « petite équipe », elle devra remettre à l’heure les 536 pendules qui habillent chaque mur de sa maison.
Si la passion peut faire perdre la tête, elle ne fera jamais perdre l’heure à Jacqueline.
« Moi, je tutoie tout le monde », lance d’emblée cette femme de 87 ans, sourire franc et regard malicieux. Le ton est donné. Autour d’elle, ce ne sont pas moins de 536 colocataires qui rythment son quotidien. Pendules, horloges, carillons… ici, chaque mur témoigne du temps qui passe. Un concert permanent qui pourrait rendre fou plus d’un misophone. Mais ni Jacqueline, ni ses proches n’y prêtent attention. « Vous entendez quelque chose, vous ? », glisse-t-elle, amusée. Au cœur de ce musée intime, une pièce se distingue. Une horloge comtoise, confectionnée par les frères Richard, horlogers à Gençay, héritée de ses arrière-grands-parents. « Celle-là, c’est la famille », confie-t-elle avec émotion. Plus que centenaire, elle continue de rythmer ses journées… et ses nuits. « Si elle s’arrête, je l’entends. C’est mon repère. » Au fil des années, les modèles se sont accumulés, chacun porteur d’une histoire. Certaines ont été chinées chez Emmaüs ou sur des brocantes. D’autres ont traversé les frontières : Cambodge, Australie, Canaries. « À chaque voyage, on me ramène une pendule », raconte-t-elle. Famille, amis, voisins : tous participent à enrichir la collection. On comprend au fil de la discussion que Jacqueline n’est pas n’importe qui à Saint-Julien-l’Ars. « Ici, je suis connue comme le loup blanc », sourit-elle. Alors, dès qu’un proche, un voisin ou le cousin du voisin d’un proche part en voyage, une pensée s’envole presque toujours vers elle.
Changement d’heure
Tout commence en 1972. Et une première pendule offerte par ses enfants. « C’est la première que j’ai eue », se souvient-elle en la désignant du regard. Puis, de fil en aiguille, la collection grandit. Une deuxième, une troisième… jusqu’à ne laisser aujourd’hui plus un seul centimètre de libre sur ses murs. Alors parfois elle les échange contre d’anciennes laissées au placard. Car chez Jacqueline, les horloges vivent. Elles sonnent, tournent, s’entretiennent. Et surtout, elles demandent une attention particulière, notamment lors du passage à l’heure d’été. Un moment attendu… et redouté. « Ils sont une dizaine et il leur faut deux heures », sourit-elle en évoquant ses petits-enfants et arrière-petits-enfants venus prêter main-forte. Décrochage, nettoyage, changement de piles, remise à l’heure. Le procédé est bien connu et s’apparente à un vrai protocole familial.