Reprise par deux entrepreneurs, l’imprimerie Sipap-Oudin, forte de cinq siècles d’histoire, s’engage dans une phase de modernisation pour faire face aux profondes mutations de son secteur.
Reprendre une imprimerie historique revient à renouer avec un patrimoine industriel d’exception. Sipap-Oudin, issue de la fusion des imprimeries Bedi, fondée en 1982, Sipap, créée en 1967, et Oudin, dont les origines remontent à 1516, incarne cette continuité rare dans le paysage économique local. Mais au fil des années, l’activité de l’entreprise s’est progressivement érodée. Un héritage que ses nouveaux dirigeants entendent préserver tout en l’adaptant aux transformations profondes du secteur. Car l’imprimerie traverse une mutation sans précédent. La baisse des volumes, le recul de la presse et de la grande distribution ainsi qu’une concurrence accrue fragilisent durablement la filière. « Notre métier tend vers une concentration progressive, observe Aymerick Nepote, imprimeur depuis plus de vingt ans. Le nombre d’entreprises diminue et les structures se rachètent pour se consolider. » Avec son associé Julien Pichoff, spécialiste du développement logiciel, il a repris les rênes de Sipap-Oudin avec une ambition affirmée :
relancer l’activité tout en conservant un fort ancrage local. Mais dans ce secteur, les marges de manœuvre restent limitées et l’investissement apparaît comme une condition de survie. « Si l’on cesse d’investir, on sait qu’on est condamné », résume le dirigeant.
Course à l'armement
Un effort conséquent a ainsi été engagé avec l’acquisition de presses offset de dernière génération pour un montant de 2,5M€. Le gain de productivité est immédiat. « Entre l’ancienne et la nouvelle, on fait x2 en production à volume horaire identique », souligne Aymerick Nepote. Cette montée en puissance transforme en profondeur l’équilibre économique de l’entreprise. Dans ce secteur, produire plus vite conditionne directement les prix et la capacité à capter les marchés. Pour accompagner cette évolution, Sipap-Oudin s’appuie également sur des outils numériques développés en interne, notamment une solution de web-to-print adaptée à ses clients -Emile Frey, le Futuroscope entre autres- et des systèmes de planification automatisée devenus indispensables face à des délais toujours plus courts. « Ce n’est pas un métier où l’on peut refuser du travail. Il arrive régulièrement que des commandes doivent être livrées dès le lendemain »,
souligne Julien Pichoff. Aujourd’hui, l’entreprise compte 31 salariés et génère environ 4M€ de chiffre d’affaires. Une trajectoire qui illustre la volonté de concilier héritage et renouveau. « C’était une entreprise qui commençait doucement à s’endormir. A nous de lui redonner une impulsion pour la voir perdurer », confie Aymerick Delporte, avec l’ambition de l’inscrire dans les siècles à venir.