Vitesse excessive, accidents en série, esprits qui s’échauffent… A Poitiers, l’avenue de Nantes suscite l’ire des riverains, entre fatalité et volonté de changement. La Ville a bien procédé à quelques aménagements, jugés
« insuffisants ».
Vendredi 20 mars, 7h50. Une voiture passe « à très grande vitesse » devant le garage de Vincent(*), qui klaxonne « par réflexe ». La conductrice s’arrête quelques mètres plus loin. S’ensuit « une agression verbale et un coup dans [son] véhicule ». « J’ai appelé la police municipale, on m’a répondu qu’elle ne commençait qu’à 8h et que les policiers se déplaçaient 30 minutes par jour. » Énième épisode de tension dans le bas de l’avenue de Nantes, un axe particulièrement accidentogène. Le dimanche
8 février, une Peugeot 206 a terminé sa course sur le flanc, ses occupants se sont évanouis dans la nature. Une situation qui exaspère les riverains, regroupés au sein du collectif
« Poitiers sans danger ». Ils sont une quinzaine à ce jour.
« Le collectif s’est monté après une première série d’accidents en 2024 », prolonge Vincent. Nadia, elle, a acquis une maison en 2021, en amont du fameux virage en épingle dans le sens de la montée. « J’ai acheté en connaissance de cause sur le flux de véhicules (entre 8 000 et 11 000 véhicules, ndlr) et les nuisances sonores, pas sur les problèmes de sécurité routière. La voiture d’un militaire a terminé sa course dans la mienne après en avoir percuté d’autres… Avec tout ce qui se passe, j’envisage de partir. » D’autres témoignages attestent de cette situation dégradée, avec « des automobilistes qui roulent à 80-90km/h. Ce sont des bolides, et si vous ajoutez l’alcool la nuit, on arrive à une situation catastrophique. En dix jours (24 janvier-8 février, ndlr), on en est à huit épaves », rapporte Patrice. Rappelons que le secteur est en zone 30 depuis le 1er septembre 2023…
Un rapport à venir
A la suite de cette série noire, la Ville a consenti à renforcer la présence d’agents de la police municipale pendant quelques jours. Laquelle « PM » a été chargée d’élaborer un rapport destiné à « mieux comprendre la circulation et les problématiques de l’avenue ». La date de remise aux futurs élus n’a pas été communiquée (cf. repères). Mais au-delà, « Poitiers sans danger »
aimerait davantage que les aménagements qui ont été consentis : marquage au sol repeint avant et après le virage, suppression de quatre places et installation de barrières anti-stationnement, remplacement d’un panneau à chevron endommagé dans une précédente collision, installation d’un panneau lumineux pour rappeler la vitesse autorisée…
Les riverains restent très sceptiques sur leur effet durable. « Il y a besoin de faire ralentir les gens, souffle Vincent. Mettre un coup de peinture sur la chaussée ne suffit pas. Les bus aussi passent trop vite. » Parce que sensibiliser est nécessaire mais pas suffisant, le collectif appelle à « réaliser une vraie étude de terrain » pour préfigurer une avenue de Nantes susceptible de « concilier les usages, avec des trottoirs élargis ». « Sur cette artère, il y a aussi eu des accidents de vélos et de trottinettes. Lorsque je pars en ville à vélo avec mes enfants, je suis stressé. Un jour, ça va mal finir ! »
Des radars ? Le courrier envoyé en ce sens au préfet de la Vienne le 5 mars… 2024 -après plusieurs accidents- est resté
« sans réponse ». En 2019 déjà, les riverains avaient lancé une pétition. Sept ans se sont écoulés. Les nouveaux élus sont donc attendus au tournant.
(*)Prénoms d’emprunt.
La Ville évoque
« une réflexion plus large »
Sollicitée par la rédaction sur la dangerosité de l’avenue de Nantes et la date de sortie du rapport de la police municipale (cf. article), la Ville nous a fait parvenir la réponse suivante : « Malgré les dispositifs déjà en place sur l’avenue de Nantes -signalisation en zone 30, panneau « virage dangereux » et chevrons, marquages au sol renforcés et contrôles réguliers de la police municipale-, plusieurs accidents survenus début février ont confirmé que ce secteur reste sensible, en raison notamment de conducteurs irresponsables ne respectant pas les limitations de vitesse. La Ville de Poitiers rappelle que la sécurité sur cette voie fait l’objet d’une vigilance constante et que des mesures complémentaires ont été engagées sans délai après un diagnostic de sécurité réalisé en lien avec la police municipale. Parmi les actions déjà mises en œuvre, le marquage au sol à effet ralentissant a été renforcé dans le virage, au niveau des passages piétons. Des panneaux lumineux « 30km/h » et « virage dangereux » seront également installés dans les prochaines semaines afin d’améliorer encore la visibilité, notamment en période nocturne. En complément, quatre places de stationnement situées dans la partie basse du virage, entre les numéros 131 et 134, sont supprimées à titre expérimental afin de réduire les risques lors d’éventuelles sorties de trajectoire.
Sur le plan des contrôles, la police municipale réalise depuis début février des opérations aléatoires deux fois par jour afin de renforcer la prévention et la dissuasion. La Ville a également saisi les services de l’État pour alerter sur l’accidentologie du secteur et relayer la demande d’installation d’un radar, cette compétence ne relevant pas de la collectivité. Les mesures mises en œuvre répondent à une situation de danger immédiate, mais elles doivent aussi s’inscrire dans une réflexion plus large sur l’avenir de l’avenue de Nantes. Les évolutions à venir devront être construites dans la concertation avec les riverains et les usagers, afin d’améliorer durablement la sécurité et les conditions de circulation sur cet axe structurant. »