Acrobate pour la vie

Daniel Mercier, 80 ans. Poitevin d’adoption. Artiste retiré de la piste. Ancien directeur artistique et entraîneur de l’école de cirque de Bordeaux, après avoir présenté des numéros sous les plus grands chapiteaux du monde. Signe particulier : fait encore le poirier pour s’amuser.

Romain Mudrak

Le7.info

Rendez-vous est pris sous le chapiteau d’Octave Singulier, près du campus universitaire. Quel meilleur en- droit pour rencontrer un acrobate à la renommée internationale ? Carine Vogt, co-directrice des lieux, exhibe une vidéo prise pendant les répétitions du traditionnel spectacle de fin d’année de l’école de cirque. C’était il y a quinze jours. On y voit un homme, couché sur le dos, te- nant à bout de bras une femme en équilibre la tête en bas... A la manœuvre, Daniel Mercier, 80 ans, toujours vaillant.

Gymnaste depuis tout-petit, Daniel Mercier a vécu la plus grande partie de sa carrière professionnelle dans la peau d’un acrobate. Les bons gestes sont donc ancrés dans sa mémoire. Ce spécialiste du « main à main » a créé de nombreuses figures plus impressionnantes les unes que les autres avec son incon- tournable partenaire, Guerino Simonelli. Dans un reportage diffusé sur la télévision suisse, en 1966, on peut d’ailleurs les voir tous les deux en pleine performance. L’une des scènes montre le porteur Guerino al- longé, jambe droite vers le ciel et Daniel Mercier en équilibre, la tête simplement posée sur la plante du pied de son collègue...

Grüss, Bouglione, Amare...
A l’époque, le duo âgé d’une vingtaine d’années présente l’un des numéros vedettes du cirque Alexis Grüss. Ses prestations sont remarquées par les plus grands chapiteaux du monde, de Bouglione à Amare, en passant par Rancy. « Il a fallu que nous nous fassions un nom dans ce métier qui se transmettait de père en fils. Nous ne venions pas d’une famille de circassiens. Nous étions des gadjos comme on disait dans le milieu », se souvient le Berruyer d’origine. Il a conservé des dizaines de coupures de presse locale relatant le passage de sa troupe en région. Et des photos comme celle de Ben Hur, une prestation toute en puissance pour laquelle lui et son partenaire avaient recouvert leur corps de poudre de cristal  afin de se donner des allures de sta tues vivantes.

En 1969, chez les Bouglione, Daniel fait la connaissance d’Anna, une artiste engagée avec d’autres membres de sa famille pour la saison. Née à Prague, dans l’ancienne Tchécoslovaquie, la jeune femme veut fuir l’influence de l’ex-URSS. Le couple tombe follement amoureux. Elle obtient le statut de réfugiée et tous les deux s’installent en France. Enfin... c’est un bien grand mot ! Car les tourtereaux vivent es- sentiellement en caravane. De ville en ville, ils suivent les convois. « Les voyages m’ont vraiment ouvert l’esprit. Et j’ai vite compris que la France n’était pas si mal », assure qui se qualifie aujourd’hui encore de « vagabond ». L’âge aidant, l’artiste quitte progressivement la piste aux étoiles. Un « moment dur » pour ce passionné, capable de parler toute une nuit de « technique » avec des acro- bates italiens rencontrés lors d’un spectacle. Au début des années 1980, il devient directeur artistique de l’école de cirque de Bordeaux, qui n’en est alors qu’à ses balbutiements. Pendant quinze ans, Daniel Mercier et son épouse, également très investie, forment des dizaines de futurs professionnels, tout en initiant des enfants aux arts du cirque.

Dans la grande famille
Une fois à la retraite, le couple Mercier se rapproche de Poitiers où habite l’une de leurs filles. La passion chevillée au corps, Daniel vient naturellement to- quer à la porte d’Octave. Très vite, une amitié forte empreinte de respect se noue avec les circassiens poitevins. Leur fille Naomi bénéficie de ses conseils. Promise à un brillant avenir, elle devrait d’ailleurs intégrer l’une des meilleures écoles de cirque au monde.

Daniel Mercier se sent bien sous le chapiteau d’Octave Singulier. Son univers. Il y a cinq ans, Amé- lie, l’une de ses anciennes élèves à l’école de Bordeaux, a rejoint l’équipe comme professeur. Les retrouvailles ont été heureuses. « Il m’a connue quand j’avais 9 ans. Aujourd’hui, mes enfants considèrent Daniel et Anna comme leurs grands-parents. » Le cirque, une grande famille ?

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