Un rôle de composition

Augustin Braud. 23 ans. Etudiant en musicologie contemporaine à l’université de Poitiers. Signe particulier : a écrit une oeuvre entière pour l’Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine. Ce jeune homme « comme les autres » creuse son sillon dans le petit monde de la composition.

Florie Doublet

Le7.info

Retenez bien son nom. A tout juste 23 ans, Augustin Braud est l’un des compositeurs français les plus prometteurs. Le Poitevin peut se targuer d’avoir entièrement créé une pièce pour les cinquante musiciens du prestigieux Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine. Cette oeuvre, baptisée « Ibur Neshamot » et dédiée à l’un de ses amis décédé, a été applaudie, mi-janvier, par quelques huit cents spectateurs du Théâtre auditorium de Poitiers. « J’ai monté une première marche. Il y en aura d’autres », lâche le jeune homme, résolument modeste. N’allez surtout pas le qualifier de prodige, encore moins de génie. Vous pourriez l’énerver. « Je ne suis pas Debussy, Dieu merci ! Moi, je suis juste un étudiant en musicologie et un compositeur passionné par ce qu’il fait. Mais il y en a beaucoup qui se battent pour faire connaitre leur travail. » Force est de constater qu’à Poitiers, un compositeur de musique contemporaine aussi talentueux, ça ne court pas les rues…

« Une place dans ce monde »

Evidemment, Augustin est très sollicité. Avant fin 2019, il doit encore honorer six commandes pour plusieurs grands ensembles. Parfaitement organisé, cet amateur d’art pictural se lève tous les jours à heure fixe. Il avale son café, saute dans sa douche et se met à travailler sans plus attendre. « La régularité est primordiale si l’on veut arriver à un bon résultat, assure-t-il. Cette rigueur, j’ai commencé à la forger au cours de mon année de DUT d’ingénierie mécanique et productique à l’IUT de Poitiers. Je n’ai pas poursuivi mes études dans cette voie car je veux vivre de la musique. Mais elle m’a été très utile. »

Cette vocation l’habite depuis bien longtemps… A 4 ans, Augustin jouait déjà de la batterie. Mais davantage que la pratique, c’est la théorie qui l’intéresse. Il connaît sur le bout des doigts les secrets des portées, des rondes et des blanches, ainsi que leurs articulations. Et le compositeur n’a pas encore étanché sa soif d’apprendre. « Je me bats pour décrocher mon master de musicologie et composer. J’ai besoin d’une solide formation théorique pour asseoir mes compétences. Je sais ce que je veux et surtout ce que je ne veux pas. Un CDI à 35h, avec cinq semaines de vacances, ce n’est pas pour moi. Je dois déterminer la place que j’aurai dans ce monde. »

Un discours étonnamment mature pour un jeune homme de son âge. Certains événements de l’existence -vous n’en saurez pas plus- l’ont fait grandir prématurément. Parfaitement indépendant depuis ses 18 ans, Augustin a appris à se débrouiller seul. « On peut tomber, mais il faut savoir se relever, affirmet- il. Soit on touche le fond, soit on décide de se bouger. »

Ne pas se fier aux apparences…

Aujourd’hui, Augustin se dit fier de son parcours, même si « tout reste à faire ». « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ! Il faut travailler, travailler et encore travailler. » Du compositeur Gérard Grisey à John Coltrane, en passant par Pink Floyd, ce grand curieux se laisse influencer par tous les styles. « En fait, j’écris la musique que je voudrais entendre et, surtout, je cherche à surprendre le public. » L’artiste hausse les épaules face à ceux qui jugeraient « ringardes » les oeuvres orchestrales. « C’est de l’ignorance pure et dure. La musique que j’écris est au contraire très contemporaine, très « extrême » dans sa forme. Il faut juste se donner la peine de la découvrir. » Et ne pas se fier aux apparences. Car le compositeur réserve, lui aussi, son lot de surprises. Impossible d’imaginer au premier abord que le jeune homme au sourire poli a le corps… recouvert de tatouages ! « J’en ai sur les bras, le torse, les jambes… J’aime particulièrement les représentations de divinités japonaises », affirme cet amateur de bon vin.

Et ne croyez pas que l’étudiant passe son temps reclus dans son appartement, les yeux rivés sur des partitions. Bien au contraire ! Augustin vit comme tous les jeunes de son âge, aime passer du temps avec sa copine et sort régulièrement boire des coups avec ses potes. La preuve, les serveurs de Chez Michel le tutoient. « Franchement, je suis très heureux de ma vie. Je suis entouré de gens bienveillants et aimants. » Une forme de mélodie du bonheur.

Plus de renseignements sur augustinbraud.com

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