La transition « faite maison »

Depuis un an, l’association La Traverse accompagne sous forme de résidences des communes de la Vienne dans leur transition écologique. A Migné-Auxances, la démarche se double d’une participation citoyenne à la manière de la convention climat.

Romain Mudrak

Le7.info

Pendant que d’autres tirent des plans sur la comète, La Traverse laboure le champ de la transition écologique, concrètement, sur le terrain. Cette association basée dans le tiers-lieu poitevin La Caserne s’est spécialisée dans l’accompagnement au changement des communes rurales. Elle est financée par la Région. « On organise des résidences pour la résilience », résume Alexia Beaujeux. Avec sa collègue Solène Cordenier, elles ont passé une semaine par mois durant un an au contact des habitants de Migné-Auxances. L’idée ?
Réaliser un état des lieux des capacités du territoire à s’adapter aux chocs à venir liés au changement climatique. Et donc identifier ses vulnérabilités. « C’est plus percutant pour des élus et des habitants d’entendre comment la raréfaction des énergies fossiles à bas coût va les impacter eux, en local. »

Très proche de Poitiers, Migné-Auxances a fini par être tellement dépendant de sa voisine que sa population a besoin de prendre sa voiture pour consommer, travailler, etc… 
« D’ailleurs on s’est rendu compte que la plupart des trajets étaient très courts et pourraient se faire autrement », 
poursuit Alexia. Un problème récurrent sur le territoire : 56% des émissions de gaz à effet de serre à Grand Poitiers sont liées à la mobilité (18% au logement, 4% à l’industrie). Or, en interrogeant des historiens et des seniors, véritables mémoires vives de la commune, les expertes de La Traverse ont découvert qu’à l’époque pré-pétrole, la commune était beaucoup plus autonome avec des activités propres (moulins, carrière, viticulture, commerces) qui employaient les gens sur place.

Des habitants 
tirés au sort

Face aux enjeux climatiques, c’est tout un mode de vie qu’il faut revoir. Dans la démarche, des habitants volontaires sont allés recueillir les aspirations de leurs voisins. Alexia et Solène ont rencontré des experts de la filière agricole et de l’eau, ainsi que des acteurs locaux déjà engagés dans la transition écologique. Pour l’élaboration du plan d’action, la mairie de Migné-Auxances a exigé la constitution d’un groupe d’une trentaine d’habitants, volontaires pour certains, tirés au sort pour d’autres, à la manière de la convention climat. Parmi eux, Eveline Flavigny, présidente de l’association mignanxoise Vert Lézard, s’est rapidement prise au jeu. « Je suis très préoccupée par le sort de la planète. Cette démarche donne l’occasion de passer à l’acte. » La participation citoyenne l’enthousiasme particulièrement : « On sait que c’est difficile de mobiliser. Le tirage au sort permet d’attirer des gens qui ne se mêlaient pas de la vie de la collectivité. »

Le travail est en cours. Ces habitants lambda vont être formés en soirée et certains samedis pour être en mesure de proposer des actions en matière de végétalisation et d’autonomie alimentaire. A Jazeneuil, où l’opération est un peu plus avancée, on imagine déjà aménager des zones réservées à l’habitat léger (yourtes, tiny house…) pour limiter l’artificialisation des sols et, pourquoi pas, taxer les maisons vides.

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