Après Au nom de la terre et La promesse verte, le réalisateur poitevin Edouard Bergeon porte à l’écran Jérôme Bayle, l’un des leaders du mouvement des Ultras de l’A64, à l'hiver 2024. Un documentaire sensible et porteur d’espoirs. Sortie au cinéma le 4 mars.
Il en est persuadé, « il se passe quelque chose ». Avec près de 10 000 spectateurs en cinquante avant-premières, Rural connaît un démarrage en fanfare.
« Franchement, les retours sont assez dingues. Je retrouve le public d’Au nom de la terre. Tu vois les agris, leurs proches, ceux qui ne viennent pas souvent au cinéma… », glisse Edouard Bergeon. Après avoir livré sa propre histoire en fiction, le Poitevin a choisi le genre documentaire, avec Jérôme Bayle dans le costume d’acteur principal. L’éleveur de la Haute-Garonne fut l’un des visages de la révolte de l’A64 en janvier 2024. Le réalisateur poitevin a choisi de le suivre pendant un an et demi.
« Ni couleur, ni bonnet, ni drapeau »
« Le film met tout le monde d’accord. C’est « Il était une fois Jérôme Bayle », sa maman Lulu, cette petite famille qui arrive dans leur vie. Je suis sur le fil de l’humain, de la sensibilité, de la transmission. Sans parti-pris politique. » D’un match de rugby dans le Sud-Ouest au Tour de France cycliste, Rural dépeint le quotidien très sportif de l’agriculteur, qui plus est leader d’un mouvement de contestation, chouchou des médias, chasseur, héraut des politiques qu’il tutoie (Attal, Tondelier, Macron, Ruffin). Et qui lâche cette phrase dans le TGV pour Paris : « On sera obligé de s’en sortir parce qu’on ne mérite pas de crever. »
Comme Edouard Bergeon, Jérôme Bayle a la quarantaine, comme lui, il a vu son père agriculteur se suicider, comme lui, l’ancien rugbyman est un amoureux du sport... « On a des hématomes crochus comme je dis. » Bref, la rencontre entre les deux était presque inévitable. Toute la semaine, le réalisateur et « son »
acteur seront au Salon international de l’agriculture avec de (très) nombreuses sollicitations médiatiques à honorer (France Inter, RTL, le podcast Legend…). A l’heure où la colère paysanne gronde sur fond de dermatose nodulaire contagieuse et d’accord Mercosur, le film peut-il réconcilier les gens ? « En tout cas, il montre du collectif, de la solidarité. Il n’a ni couleur, ni drapeau, ni bonnet », répond Edouard Bergeon, en référence à l’omniprésence des bonnets jaunes de la Coordination rurale dans les manifestations récentes.
« Futur fermier »
Dans Rural, une scène fait ciller. Jérôme Bayle reçoit à déjeuner le très puissant patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau. Les deux interlocuteurs sont à des années-lumière de se comprendre, vivent des réalités tellement différentes. De quoi assombrir le tableau et tuer les futures vocations ? Pas vraiment car le documentaire transpire l’optimisme, notamment avec cette relation entre Jérôme Bayle et Evan, fils de sa locataire. « Aujourd’hui, il veut devenir agriculteur. Lors d’une avant-première à Montauban, il avait un t-shirt « Futur fermier » et « Mini-Bayle ». »
Rural, au cinéma le 4 mars. Ecrit par Edouard Bergeon, François Purseigle et Ludovic Gaillard. Deux avant-premières ont eu lieu la semaine dernière à Poitiers (Tap-Castille) et Châtellerault
(Loft Cinéma).